Le président iranien Massoud Pezeshkian abordera la situation économique et les « revendications du peuple » dans une interview qui sera diffusée dimanche, après deux semaines de manifestations antigouvernementales, a rapporté la télévision d’Etat.

Le drapeau de la République islamique d’Iran a brièvement été remplacé par un drapeau de l’ancien régime monarchique au fronton de l’ambassade iranienne à Londres par un manifestant, lors d’un rassemblement samedi de plusieurs centaines de personnes en soutien au mouvement, ont indiqué des témoins à l’AFP.

Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre un homme sur le balcon du bâtiment, situé près de Hyde Park dans le centre de la capitale, retirer le drapeau de la République islamique sous les hourras et le remplacer par un drapeau orné d’un lion et d’un soleil, symboles de la monarchie. L’ancien drapeau est resté en place pendant plusieurs minutes avant d’être enlevé, ont indiqué plusieurs témoins à une journaliste de l’AFP sur place.

Certains agitaient également des pancartes sur lesquelles était écrit « Iran libre » (Free Iran). « Je suis ici pour soutenir les Iraniens. Mes proches en Iran manifestent depuis deux semaines aujourd’hui. Internet est coupé. Je crois que cela fait trois jours que nous n’avons aucun contact avec qui que ce soit, a témoigné auprès de l’AFP Taraneh, 33 ans, habitant Londres depuis cinq ans. Les gens sont toujours dans la rue. Ils sont attaqués. La République islamique est en plein chaos. Ils assassinent des gens ».

La police de Londres a indiqué sur X que des agents étaient sur place après qu’un manifestant « a grimpé sur le balcon du bâtiment » et a plus tard précisé qu’elle avait arrêté deux personnes, « l’une pour intrusion aggravée et agression d’un agent des forces de l’ordre, l’autre pour intrusion aggravée ». Une autre personne est toujours recherchée, a-t-elle ajouté. « Aucun trouble grave n’a été constaté, et les policiers resteront sur place afin d’assurer la sécurité de l’ambassade », indique encore la Metropolitan Police.

« Lors d’un entretien avec les médias nationaux, le président a présenté l’état d’avancement du principal plan économique du gouvernement visant à réformer le système de subventions. Il a également abordé les événements récents et la manière dont le gouvernement répond aux attentes de la population », a rapporté la chaîne de télévision publique IRIB. L’interview doit être diffusée plus tard dans la journée de dimanche, a-t-on appris sans plus de précisions.

Le ministre des affaires étrangères israélien a jugé dimanche « l’heure venue pour l’UE de qualifier les gardiens de la révolution iranienne d’organisation terroriste », au moment où la République islamique est soupçonnée de réprimer violemment des manifestations.

« Telle est depuis longtemps la position de l’Allemagne, et aujourd’hui, l’importance de cette question est claire pour tous », a déclaré Gideon Saar sur X, après des discussions avec le ministre de l’intérieur allemand Alexander Dobrindt, en visite en Israël.

Dans une déclaration commune publiée vendredi, Emmanuel Macron, Keir Starmer et Friedrich Merz ont notamment appelé les autorités iraniennes à « faire preuve de retenue ». Les dirigeants français, britannique et allemand condamnent « fermement » « le meurtre de manifestants » et exhortent le régime islamique à « s’abstenir de toute violence et à respecter les droits fondamentaux des citoyens iraniens ».

« Les autorités iraniennes ont la responsabilité de protéger leur propre population et doivent garantir la liberté d’expression et de rassemblement pacifique, sans crainte de représailles », ajoutent-ils.

Des médias d’Etat iraniens, cités par la chaîne Al-Jazira, assurent que des dizaines de membres des forces de sécurité ont été tués lors des manifestations.

La télévision d’Etat iranienne a ainsi annoncé que 30 membres des forces de police et de sécurité avaient été tués rien que dans la province d’Ispahan. Le commandant des « unités spéciales du commandement des forces de l’ordre », également cité par la chaîne qatarie, évoque pour sa part huit membres des forces de sécurité tués les 8 et 9 janvier « lors d’opérations visant à réprimer des émeutes dans différentes villes ».

Le chef de la police iranienne, Ahmad Reza Radan, a pour sa part déclaré dimanche, selon les médias d’Etat, que le niveau de confrontation avec les émeutiers avait été « intensifié ».

Sur le terrain, la mobilisation semble continuer. Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux ont montré de grandes foules défilant dans la nuit de samedi à dimanche dans plusieurs villes iraniennes, notamment la capitale Téhéran et Machhad, dans l’est du pays.

Dans d’autres vidéos, qui n’ont pas pu être authentifiées à ce stade, on voit des familles qui semblent identifier dans une morgue de Téhéran les corps de proches tués dans les manifestations.

A Téhéran, un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP) décrit une quasi-paralysie de la vie quotidienne. Le prix de la viande a presque doublé depuis le début de la contestation et beaucoup de boutiques ont baissé le rideau.

Les écoles sont fermées, et l’enseignement se fait désormais à distance, mais sans internet ; il est impossible de se connecter. De même, si de nombreux Iraniens se rendent encore au bureau, l’absence de réseau rend toute activité pratiquement impossible.

Samedi soir, les lignes de téléphonie mobile ont également été coupées. Selon des habitants de Téhéran, lors de la dernière grande vague de manifestations en 2022-2023, elles continuaient de fonctionner et le niveau de perturbation de la vie quotidienne n’avait rien à voir avec la situation actuelle.

Le Centre pour les droits de l’homme en Iran (CHRI), dont le siège est à New York, a par ailleurs dit avoir reçu des « témoignages directs et des rapports crédibles » sur la mort de centaines de manifestants ces derniers jours. « Un massacre est en cours en Iran. Le monde doit agir maintenant pour empêcher de nouvelles pertes humaines », avertit l’organisation.

Elle ajoute que les hôpitaux sont « débordés », que les réserves de sang diminuent et que de nombreux manifestants ont été délibérément visés aux yeux par des tirs.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, Internet a été coupé sur l’ensemble du territoire iranien. Vendredi, Le Monde avait pu localiser et authentifier plusieurs images de ces manifestations, dans une quinzaine de localités. Elles ont été publiées sur les réseaux sociaux avant que le pays ne soit coupé du reste du monde. Les voici : Depuis, d’autres vidéos amateurs continuent de circuler, dont certaines sont produites par des Iraniens qui parviennent à contourner la censure, par le biais par exemple des réseaux VPN. Nos équipes continuent actuellement de travailler pour les authentifier.

Le fils de l’ancien chah, chassé de son pays par la révolution khomeyniste de 1979, multiplie les appels à manifester contre le régime islamique. Alors que son nom est scandé dans les cortèges, celui qui vit en exil aux Etats-Unis s’érige de plus en plus en meneur de la contestation.

Par Claire Gatinois, Ghazal Golshiri

« En cas d’attaque militaire américaine, le territoire occupé ainsi que les installations militaires et navales américaines seront nos cibles légitimes », a déclaré Mohammad Bagher Ghalibaf, selon des propos rapportés par la télévision d’Etat. Il semble ainsi également faire référence à Israël, que l’Iran ne reconnaît pas et qu’il considère comme un territoire palestinien occupé.

L’Iran a procédé à d’importantes arrestations de figures-clés du mouvement de protestation qui a secoué la république islamique ces deux dernières semaines, a déclaré dimanche le chef de la police nationale.

« Hier soir [samedi soir], d’importantes arrestations ont été effectuées parmi les principaux acteurs des émeutes, qui, si Dieu le veut, seront punis après avoir suivi les procédures légales », a déclaré Ahmad Reza Radan à la télévision d’Etat, sans donner de détails sur le nombre ou l’identité des personnes arrêtées.

« L’Iran aspire à la liberté, comme peut-être jamais auparavant. Les Etats-Unis se tiennent prêts à aider ! », a pour sa part écrit samedi Donald Trump sur sa plateforme, Truth Social, renouvelant ses menaces contre le régime iranien.

Vendredi soir, déjà, M. Trump avait menacé Téhéran, déclarant : « Vous feriez mieux de ne pas commencer ​à tirer sinon nous ‍aussi nous commencerons à tirer. » « J’espère seulement que les manifestants ​en Iran seront en sécurité, car c’est un endroit très ‌dangereux en ce moment », a-t-il ​ajouté. Les Etats-Unis ont frappé des installations nucléaires en Iran en juin 2025, se joignant ainsi à ‌Israël dans une brève guerre contre Téhéran.

L’administration américaine a entamé des réflexions préliminaires sur d’éventuelles frappes militaires contre l’Iran, afin de donner corps aux récentes menaces du président Donald Trump, rapporte le Wall Street Journal. Selon des responsables américains cités par le quotidien, plusieurs scénarios sont sur la table, notamment celui d’une frappe visant des installations militaires. Toutefois, les sources du journal soulignent qu’aucun consensus n’a été atteint au sein de l’exécutif sur la stratégie à adopter.

Le sénateur républicain américain Lindsey Graham a adressé un message de soutien aux manifestants iraniens, affirmant que « le long cauchemar » du peuple iranien « touche bientôt à sa fin ». Dans ce message publié sur X, l’élu assure que le combat des Iraniens a été « remarqué par le président des Etats-Unis ». « Lorsque le président Trump dit “Make Iran Great Again”, cela signifie que les manifestants en Iran doivent l’emporter sur les ayatollahs », déclare-t-il.

Dans le discours des dirigeants iraniens, les manifestants ont d’abord été présentés comme des « personnes légitimement mécontentes », en raison des problèmes économiques, qu’il fallait écouter et distinguer des « émeutiers ». Depuis vendredi 9 janvier, les médias d’Etat et les responsables politiques et judiciaires les qualifient d’« agents terroristes » au service des Etats-Unis et d’Israël. Un changement sémantique, qui, au lendemain des grandes manifestations de jeudi, ouvre la voie à une répression sanglante.

Depuis le début de cette contestation, au moins 116 manifestants ont été tués et 2 600 arrêtés, selon l’organisation basée aux Etats-Unis Human Rights Activists in Iran, jugée fiable par l’agence Associated Press.

Un black-out quasi total imposé par Téhéran complique par ailleurs la vérification des informations. Les Iraniens sont en effet privés d’Internet depuis la nuit de jeudi à vendredi à la suite d’une décision des autorités, selon l’ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks.

Téhéran a promis de réagir avec fermeté aux manifestations antigouvernementales qui touchent une grande partie du pays. Samedi, les gardiens de la révolution, armée idéologique du pouvoir, ont qualifié les manifestants de terroristes et ont déclaré que « préserver les acquis de la révolution islamique et maintenir la sécurité et la survie du régime constituent une ligne rouge ».

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