A la sortie du conseil des ministres, Sébastien Lecornu a dénoncé des tentatives « très claires de sabotage » de la part de LFI et du RN. Il a par ailleurs réaffirmé à plusieurs reprises son objectif de ramener le déficit à 5 % du produit intérieur brut.
Le président des députés PS est revenu sur les concessions faites aux socialistes par Sébastien Lecornu pour éviter le vote d’une motion de censure. Pour Boris Vallaud, le recours au 49.3 pour faire adopter sans vote le budget de l’Etat à l’Assemblée nationale « n’est pas une satisfaction ».
« Ce n’est jamais une satisfaction, quand on est parlementaire, de ne pas aller au bout d’un parcours parlementaire », a-t-il commenté sur BFM-TV, estimant que ces discussions avec le chef du gouvernement « n’ont pas été vaines ».
« Ce que nous nous sommes fixé comme responsabilité, c’est d’essayer d’être utile à la vie des Français et des Françaises », rappelle M. Vallaud, revenant sur les compromis politiques trouvés avec le premier ministre : forte hausse de la prime d’activité, gel de l’impôt sur le revenu, généralisation du repas étudiant à 1 euro, hausse des moyens des bailleurs sociaux et du fonds vert, création de 2 000 postes dans l’éducation nationale, etc. « Je crois que les conditions sont réunies » pour éviter une censure du PS, a estimé lundi soir le patron des députés socialistes.
« Il y a ceux qui jouent le jeu du débat parlementaire et ceux qui s’y refusent », a regretté le député socialiste, citant le Rassemblement national et La France insoumise. « Grâce à notre pugnacité, au rapport de force que nous avons amorcé (…), des avancées sont allées dans le bon sens », affirme M. Vallaud, estimant avoir « fait œuvre utile », sans pour autant « être fier de ce budget qui n’est pas le nôtre ».
Pour Eric Coquerel, les dernières concessions budgétaires, ce sont « des petits cailloux autour d’un gigantesque volume de baisses et de coupes budgétaires (…) de plus de 20 milliards ».
Le président (La France insoumise) de la commission des finances est revenu sur les concessions faites aux socialistes, notamment la généralisation du repas étudiant à 1 euro et hausse de la prime d’activité, rappelant que ces mesures coûtaient respectivement « 80 millions d’euros et 700 millions d’euros ».
« A côté de ça, vous avez 13 milliards de coupes budgétaires, y compris sur des ministères qui concernent le travail et les personnes qui ont besoin de solidarité », tempère le député LFI, évoquant « quelques miettes sur la table » qui sont « un leurre ».
Le budget 2026 va mettre fin à une exemption qui a permis à des contribuables d’échapper à l’impôt en rangeant des « biens personnels » parmi les actifs d’une entreprise familiale, a annoncé lundi la ministre Amélie de Montchalin.
« Nous sortons tous les biens personnels, tous les biens somptuaires, des pactes Dutreil », a expliqué à la presse la ministre de l’action et des comptes publics, en référence à la loi de 2003 qui allège la fiscalité lors de la transmission des entreprises familiales, afin d’aider ces dernières.
Interrogée sur LCI, la secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier, a assuré que les députés de son parti n’avaient « aucune raison de ne pas censurer [le] gouvernement, car ce budget est mauvais pour les Français ». « Encore une preuve que les promesses des macronistes n’engagent que ceux qui les croient », a-t-elle ajouté au sujet de l’utilisation du 49.3.
Ne disposant pas de la majorité absolue à l’Assemblée, le gouvernement a la possibilité de « passer en force » en ayant recours à l’article 49.3 de la Constitution, qui permet d’adopter directement un texte de loi, en l’occurrence le projet de loi de finances pour 2026.
Par Lara Pino Lerro, Romain Imbach, Romain Geoffroy
Après trois mois de débats infructueux, le premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé, lundi 19 janvier, lors d’un conseil des ministres réuni pour l’occasion, qu’il recourait à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution pour faire adopter le budget de l’Etat. Une solution qu’il avait dans un premier temps écartée au nom de la recherche d’un compromis, mais qui s’est heurtée à un constat de blocage des débats à l’Assemblée nationale.
Emmanuel Macron a estimé lundi en Conseil des ministres que la copie budgétaire de « compromis » proposée par le premier ministre, Sébastien Lecornu, pour 2026 garantissait la « stabilité » et permettait « au pays d’avancer », a rapporté la porte-parole du gouvernement.
Le président a souligné que ce travail avait « nécessité des compromis et des concessions de la part de chacun », a expliqué Maud Bregeon devant la presse. Cette équation budgétaire « permet de contenir le déficit à 5 % » du produit intérieur brut (PIB), « de garantir une stabilité et d’être cohérent avec la politique économique suivie », mais permet aussi « au pays d’avancer », a-t-il déclaré. « La feuille de route est remplie et nous devons toutes et tous la défendre, en défendre le résultat », a-t-il ajouté devant ses ministres, selon les propos rapportés.
« Nous mettons l’ensemble de la puissance publique dans un cadre extrêmement rigoureux », a annoncé la ministre de l’action et des comptes publics, évoquant « un certain nombre d’économies supplémentaires » qui « seront demandées à un certain nombre d’acteurs, notamment pour que nous puissions optimiser ce qu’on appelle leur trésorerie, qu’il n’y ait pas d’argent dormant, que les impôts payés par les Français soient utilisés aussi vite que nécessaire ».
« C’est l’argent des Français, nous devons être très précautionneux avec l’impôt que nous collectons et très rigoureux de la manière dont il est dépensé », a commenté Amélie de Montchalin.
Après La France insoumise, c’est au tour du Rassemblement national d’annoncer son intention de déposer une motion de censure, une fois que Sébastien Lecornu aura engagé la responsabilité de son gouvernement.
« Compte tenu des annonces irresponsables pour acheter le PS au mépris de l’intérêt national, annonces qui se traduiront par plus d’impôts et plus de dette, le groupe RN déposera évidemment une motion de censure », a fait savoir sur X la présidente du groupe d’extrême droite à l’Assemblée, Marine Le Pen.
« Il est plus que temps que les députés qui ont prétendu diminuer les impôts et rétablir les comptes publics prennent enfin leurs responsabilités », a-t-elle ajouté.
Appelant à être « humble », le premier ministre a estimé que l’examen des textes budgétaires – le projet de loi de finances et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale –, a été, pour lui, « un semi-succès et un semi-échec ».
« Ca fonctionné sur la Sécurité sociale [dont le budget a été adopté par le Parlement], personne n’y croyait, et ça a eu un mérite énorme, de remettre du sérieux et du calme dans la vie politique du pays », a-t-il poursuivi, avant de revenir sur son choix d’avoir recours au 49.3 sur le budget.
« Je vous rappelle que l’abandon du 49.3 était demandé par les forces politiques à l’Assemblée nationale. Et vous voyez bien que ces lignes évoluent depuis quelques jours, tout simplement parce que tout le monde en arrive aussi à la conclusion que l’on va dans une impasse », a-t-il ajouté.
Sur le fond du texte, le premier ministre a défendu la « stabilité fiscale » pour 2026, avant de préciser : « Les impôts pour les ménages seront les mêmes en 2026 qu’en 2025. Tous les instruments de fiscalité sur les entreprises pour 99,9 % des entreprises seront les mêmes en 2026 qu’en 2025. »
« C’est aussi ça, un des éléments des points de compromis que nous avons tenté de tracer avec les différents groupes politiques », affirme le premier ministre, évoquant « une copie de compromis » qui contraint le gouvernement à « engager sa responsabilité ».
Le premier ministre a précisé que « d’autres éléments sur la copie ser[aient] évidemment précisés dans les heures qui viendront », appelant « les parlementaires à prendre leur responsabilité ».
« Sur un terrain plus politique et personnel, j’avais pris aussi un engagement (…), j’ai fait le pari de [me] dire que, après deux censures de deux gouvernements différents, il fallait gouverner différemment », commente Sébastien Lecornu, évoquant la nécessité de « partager le pouvoir avec les collectivités locales [et] avec les partenaires sociaux ».
« Ce pari, parce que c’est un pari, c’était de se dire qu’il fallait que le Parlement aille jusqu’au bout, jusqu’au bout des débats, jusqu’au bout de ses votes, jusqu’au bout de ses amendements pour, au fond, déjà avoir aussi un moment de grande clarification », rappelle le premier ministre, rappelant les « trois cent cinquante heures de débat » autour du budget 2026.
« Ça nous a amenés, chemin faisant, à avoir un compromis, puis un projet de loi de financement pour la Sécurité sociale », se félicite-t-il.
« Nous avons décidé, je dois le dire à titre personnel, avec une certaine forme de regrets et d’un peu d’amertume, d’engager la responsabilité du gouvernement, ce que je ferai demain sur la partie recettes du projet de loi de finances », confirme le premier ministre depuis l’Elysée.
Le chef du gouvernement a « conscience » de revenir sur sa parole. « Mais, en même temps, pour tenir parole, il faudrait que je m’entête, et (…) on finirait par dire que je suis têtu, et je ne veux surtout pas avoir l’ego mal placé et être source de désordre », a poursuivi le premier ministre.
Mais, pour M. Lecornu, « ce n’est pas parce qu’on engage la responsabilité du gouvernement qu’on abandonne l’idée du compromis, du travail sur le fond. Et c’est pour cela que la semaine dernière, vendredi, j’ai commencé à dessiner à quoi pouvait ressembler cette copie finale », sur laquelle il engagera la responsabilité de son gouvernement.
Concernant les débats de ces derniers mois sur le budget 2026, Sébastien Lecornu a dénoncé « des tentatives très claires de pression, de sabotage, notamment de la part de La France insoumise et du Rassemblement national ». De l’Elysée, le premier ministre dénonce également « la désertion de certains groupes politiques de l’opposition (…), je pense aux écologistes et aux communistes ».
« On a quelque chose qui a commencé à s’embourber, à s’enrayer, avec au fond cette circonstance un peu particulière d’un gouvernement qui veut que les débats aillent jusqu’au bout mais un Parlement qui a acté que les travaux, eux, ne pouvaient pas aller jusqu’au bout », poursuit le premier ministre.
« J’avais pris plusieurs engagements au mois d’octobre : donner un budget à la France dans les temps, c’est-à-dire avant le 31 décembre », a commencé Sébastien Lecornu, de l’Elysée, avant de reconnaître que « le calendrier n’a pas été complètement respecté, en tout cas pour le budget de l’Etat ».
Le premier ministre a rappelé son objectif de ramener le déficit « à 5 % » du produit intérieur brut pour le budget 2026. « La crédibilité de la signature de la France dépend effectivement beaucoup de cette parole donnée à 5 % », a-t-il ajouté.
Le premier ministre doit notamment expliquer son choix d’avoir recours à l’article 49.3 de la Constitution pour l’adoption du budget.
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Curated by Marcus Thompson






