Friedrich Merz a affirmé vouloir « éviter autant que possible toute escalade » douanière. A la suite des menaces américaines, les pays européens s’organisent. En France, Emmanuel Macron réunit un conseil de défense sur la situation internationale.

Lors d’un bref entretien téléphonique avec la chaîne NBC News, le président américain a refusé de dire s’il excluait la possibilité de s’emparer du Groenland par la force. « Pas de commentaire », a-t-il déclaré au média.

Par ailleurs, il a de nouveau exprimé sa frustration à l’égard de la Norvège concernant le prix Nobel de la paix, affirmant que « la Norvège le contrôle totalement, malgré ce qu’ils disent. Ils aiment dire qu’ils n’y sont pour rien, mais ils ont tout à voir avec cela », a-t-il ajouté.

Trump a également fait part de son agacement face aux dirigeants européens qui se concentrent sur le Groenland, déclarant : « L’Europe devrait se concentrer sur la guerre entre la Russie et l’Ukraine, car, franchement, on voit bien où cela les a menés. C’est sur cela que l’Europe devrait se concentrer, pas sur le Groenland. »

Les dirigeants d’Europe centrale connus pour leur admiration pour Donald Trump se font très discrets sur ses menaces contre le Groenland et les réponses de l’Union européenne. Lundi, le premier ministre tchèque, Andrej Babis, a refusé de soutenir explicitement la souveraineté du Danemark sur ce territoire. « Les Etats-Unis sont le chef de file de l’OTAN et nous privilégions nettement un accord au sein de l’Alliance atlantique, les déclarations ne servent à rien », a-t-il affirmé lors d’une conférence de presse à Prague. Face aux critiques suscitées par ses déclarations, il a fini par affirmer sur X qu’il « ne fait aucun doute » que « le Groenland est un territoire danois » mais « que (…) le dialogue [est privilégié par rapport] aux déclarations ».

A Budapest, le gouvernement de Viktor Orban garde un silence total et inhabituel depuis samedi et les menaces de représailles tarifaires de Donald Trump. Au début de janvier, lors de sa conférence de presse annuelle, M.Orban avait estimé que le sujet du Groenland « devait être réglé au sein de l’OTAN », mais sans jamais critiquer les menaces américaines.

De son côté, la Slovaquie a affirmé dimanche qu’elle « considère le Groenland comme faisant partie du Danemark » et « rejette les guerres tarifaires », tout en appelant « à s’asseoir à la table des négociations plutôt que de faire des déclarations fracassantes ». Le premier ministre slovaque, Robert Fico, était justement avec Donald Trump à Mar-a-Lago samedi quelques heures après ses menaces contre huit pays européens, mais il n’a apparemment pas discuté avec le président américain du Groenland. En revanche, il a estimé qu’ils avaient eu « un accord complet pour considérer l’UE comme une institution en crise profonde ».

Jean-Baptiste Chastand (Vienne, correspondant régional)

« Si certains semblent aujourd’hui l’oublier, rappelons que les Etats-Unis ont un besoin vital de l’Europe », a déclaré lundi le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, dans un discours devant les membres de l’Académie des sciences morales et politiques. Le ministre français a exhorté les Européens à dire « non aux Etats-Unis quand ils touchent à ce que l’Europe a de plus intimes : sa démocratie, ses frontières ».

« Les grandes entreprises du numérique réalisent un quart de leur chiffre d’affaires et sans doute la moitié de leurs profits en Europe », a-t-il argué. « Les pays de la zone euro détiennent 3 000 milliards d’euros d’actifs de plus que les Américains n’en détiennent en Europe », a-t-il ajouté, en affirmant : « Personne ne sort jamais gagnant d’une guerre commerciale. »

De plus, les Européens disposent « d’instruments très puissants » pour se défendre contre toute atteinte à leurs intérêts essentiels, « qui [leur] permettent de restreindre l’accès au marché européen et refermer [leurs] marchés publics », a-t-il poursuivi. Et de mettre en garde : « On aurait tort de l’oublier. »

Merci pour vos questions. Si les pays visés par les menaces de surtaxes douanières de Donald Trump font bloc, il faut en effet souligner l’hétérogénéité politique des Etats membres, Giorgia Meloni en Italie et Viktor Orban en Hongrie entretenant une certaine proximité idéologique avec Donald Trump.

La première ministre italienne a affirmé dimanche que la menace brandie par Donald Trump était une « erreur » et qu’elle ne partageait « évidemment pas » cette position. « J’ai parlé à Donald Trump et je lui ai dit ce que je pensais », a déclaré Giorgia Meloni à des journalistes lors d’un déplacement à Séoul, se positionnant en médiatrice entre l’Europe et le président américain : « Nous devons reprendre le dialogue, éviter une escalade, et c’est ce à quoi je travaille. »

Dans le même temps, elle a déclaré qu’elle comprenait l’importance stratégique du territoire, arguant qu’il devait être protégé des menaces russes et chinoises. « Je suis d’accord avec l’attention que porte l’administration américaine au Groenland et à l’Arctique en général », a-t-elle déclaré, suggérant que les Etats-Unis avaient peut-être mal interprété la décision européenne d’envoyer des troupes sur l’île arctique : « Il semble clairement qu’il y ait eu un problème de compréhension et de communication » ; les mouvements de troupes européens doivent être considérés sous cet angle, non comme « une initiative contre les Etats-Unis, mais plutôt contre d’autres acteurs », a-t-elle soutenu.

Quant au premier ministre hongrois, Viktor Orban, il avait déclaré au début de janvier lors d’une conférence de presse que le sujet du Groenland était directement lié à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et que, par conséquent, la question devait être traitée en interne.

L’outil anticoercition sur lequel le président français, Emmanuel Macron, souhaite s’appuyer face aux menaces de surtaxes douanières de Donald Trump est un outil commercial puissant dont le bloc s’est doté en 2023. Mais il n’a, jusqu’à présent, jamais été utilisé. Pensé comme un instrument de dissuasion, il vise à répondre à tout pays qui utiliserait des armes commerciales pour faire pression sur l’un des 27 Etats membres de l’Union européenne (UE). Il permet en particulier de limiter les importations provenant d’un pays, ou son accès à certains marchés publics, et de bloquer certains investissements.

En 2023, son utilisation avait été envisagée dans le conflit qui opposait la Lituanie à la Chine. Le possible recours à cet instrument a été soulevé au printemps 2025 pour répondre aux droits de douane annoncés par Donald Trump. Mais les Vingt-Sept n’étaient pas passés à l’acte, au grand dam de certains eurodéputés et analystes qui avaient mis en garde contre le faible effet dissuasif d’une mesure si elle n’est jamais appliquée. Les menaces proférées samedi par le président américain en lien avec le Groenland ont redonné vigueur à ce débat.

Les marchés boursiers européens sont dans le rouge lundi, accusant le coup des menaces de droits de douane de Donald Trump contre plusieurs pays du Vieux Continent qui s’opposent à sa volonté d’annexer le Groenland. A la mi-séance, vers 14 h 30, Paris perdait 1,40 %, Francfort 1,10 % et Milan 1,23 %. Seule Londres limitait ses pertes à 0,36 %.

Depuis le 15 janvier, des soldats danois, renforcés par des militaires de plusieurs pays européens – parmi lesquels cinq Français –, ont rejoint la mission « Arctic Endurance » au Groenland, une opération interalliée décidée en urgence par le Royaume du Danemark.

Les menaces de surtaxes douanières agitées par Donald Trump ne changent pas la position du Groenland, soucieux de son droit à l’autodétermination face aux visées américaines, a affirmé lundi le premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen.

Dans un message posté sur Facebook, M. Nielsen dit se féliciter du soutien de pays étrangers, vu « non pas comme une ingérence, mais comme une reconnaissance claire du fait que le Groenland est une société démocratique, avec le droit de prendre seul ses propres décisions ». « Les récentes déclarations des Etats-Unis, y compris les menaces de droits de douane, ne changent rien à cette ligne. Nous ne nous laisserons pas mettre sous pression », assure-t-il.

Les dirigeants européens se réuniront jeudi soir en sommet extraordinaire afin d’évoquer les menaces répétées de Donald Trump concernant le Groenland et les droits de douane, a annoncé une porte-parole du Conseil.

Le sommet en question, prévu à Bruxelles à partir de 19 heures, portera sur « les relations transatlantiques », a précisé lundi la porte-parole de cette instance, qui réunit les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 pays de l’Union européenne.

Bonjour, et merci pour vos questions.Il ressort de plusieurs sondages d’opinion qu’outre-Atlantique, le soutien à une annexion du Groenland par les Etats-Unis demeure faible. Les Américains s’opposent majoritairement à l’achat du Groenland,  t massivement à une prise de contrôle du territoire autonome danois par la force militaire.

On peut notamment citer un récent sondage CBS-YouGov selon lequel 86 % des Américains – dont 70 % chez les républicains – sont hostiles à l’usage de la force pour prendre le contrôle de l’île inuite, tandis que 70 % s’opposent à l’idée d’un rachat. Nous vous invitons à lire cet article de l’institut d’études YouGov sur ce sujet. Un sondage Reuters-Ipsos publié la semaine dernière révélait que seulement 17 % des Américains approuvaient les efforts de Donald Trump pour acquérir le Groenland.

Dans un entretien au Monde, l’historienne Maya Kandel, spécialiste de la politique étrangère américaine, explique que, si l’opération au Venezuela est approuvée par le mouvement MAGA (Make America Great Again) – les MAGA voyant les Amériques comme une extension de leur territoire, « leur hémisphère », leur sphère d’influence –, le dossier du Groenland est, en revanche, considéré comme une « lubie », une « obsession » personnelle du président, y compris chez les trumpistes de l’administration.

La chercheuse ajoute que les interventions extérieures américaines risquent de fragiliser la base MAGA du président Trump, élu sur une promesse isolationniste et le slogan « no more wars ». Différents sondages montrent des Américains avant tout préoccupés par l’inflation et le coût de la vie. C’est sur ces sujets qu’ils vont voter lors des élections de mi-mandat, en novembre.

Dans un entretien au Monde, le général de division Soren Andersen, commandant des forces danoises au Groenland, annonce qu’après la phase de « reconnaissance » les exercices se prolongeront « pendant un an, peut-être deux », avec « des capacités différentes » et la venue de « forces spéciales ».

Une activité inhabituelle règne au siège de l’Arktisk Kommando, le commandement arctique interarmées des forces danoises, à Nuuk, la capitale du Groenland. Depuis le 13 janvier, face aux menaces réitérées de Donald Trump de prendre le contrôle de l’île inuite, des soldats allemands, danois, français, norvégiens, suédois ou britanniques, y ont été amenés depuis l’aéroport afin d’assister à des briefings, chargés, pour certains, de lourds paquetages. Il s’agit pour la plupart de toutes petites équipes venues pour de courts séjours – les Allemands ont quitté le Groenland après quarante-huit heures. Mais les tensions avec les Etats-Unis ne cessent de s’accroître. Et Donald Trump menace désormais de relever les droits de douane pour huit pays européens qui ont dépêché au Groenland des militaires.

Si les Etats-Unis prenaient le contrôle du Groenland, le président américain « entrerait dans l’histoire mondiale », a affirmé le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, lundi matin, au cours de sa conférence de presse quotidienne. M. Peskov a précisé qu’il ne cherchait pas à savoir si une telle mesure était bonne ou mauvaise, mais qu’il constatait simplement un fait.

« Nous ne céderons pas au chantage. L’Europe donnera une réponse claire et unanime », a assuré lundi le ministre de l’économie allemand, Lars Klingbeil, lors d’une conférence de presse avec son homologue français, Roland Lescure. Evoquant des « contre-mesures concertées » en préparation, M. Klingbeil a évoqué le gel de l’accord douanier américano-européen, ou encore l’entrée en vigueur de taxes sur des produits américains importés et gelés jusqu’au 6 février.

Il a aussi évoqué la « boîte à outils » de l’Union européenne (UE) pour répondre « au chantage économique », une référence à l’instrument anticoercition qui permet en particulier de limiter les importations provenant d’un pays ou son accès à certains marchés publics et de bloquer certains investissements.

De son côté, M. Lescure a dit espérer que cette « arme de dissuasion » fonctionnera, et qu’« on en restera là ». L’Europe doit « affirmer [sa] puissance », tout en essayant de faire « baisser la pression », a-t-il défendu. « Mais malheureusement, il est possible que l’on puisse être amené à prendre des décisions qui ne feront du bien à personne », a relevé le ministre français, annonçant une réunion ministérielle prochaine du G7 pour parler notamment de la crise concernant le Groenland.

L’Union européenne (UE) dispose des « outils » pour dissuader Donald Trump d’imposer de nouveaux droits de douane aux pays s’opposant à une annexion du Groenland par les Etats-Unis, a assuré lundi sur France Inter le commissaire européen Stéphane Séjourné, pour qui « le Groenland ne sera jamais américain ». « Il faut que le chantage cesse, et je pense que l’administration américaine fait une erreur importante, c’est de tester les Européens sur deux principes fondamentaux de la construction européenne, qui sont l’autodétermination des peuples et la souveraineté territoriale des Etats membres de l’UE, a-t-il déclaré. Si nous n’affirmons pas cela, c’est la course, et je ne sais pas où s’arrêtera ce désir de puissance et d’annexion du Groenland. »

Face aux menaces américaines, « nous avons les outils à notre disposition, et on doit s’en servir », a défendu le commissaire européen chargé de la prospérité et de la stratégie industrielle, mettant en avant le « besoin d’unité » des Européens. « Nous sommes au stade de la menace du côté américain, nous devons être au stade également de la menace au niveau européen », a-t-il ajouté, rappelant que l’instrument anticoercition de l’UE, que le président Emmanuel Macron souhaite voir activer, est, « en quelque sorte, une arme de dissuasion qui doit permettre le dialogue et, surtout, d’éviter l’application des droits de douane ».

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