« Il revient au Danemark et au Groenland, et à eux seuls, de décider des questions [les] concernant », ont déclaré les dirigeants de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de la Pologne, de l’Espagne et du Royaume-Uni, rappelant que le Royaume fait « partie » de l’OTAN comme les Etats-Unis.
L’opération américaine au Venezuela place les nationalistes européens face à leurs contradictions d’élus de pays pesant peu face aux puissances russe, chinoise ou américaine.
Par Olivier Bonnel, Jean-Baptiste Chastand, Elsa Conesa, Cécile Ducourtieux, Isabelle Piquer
Appelé à donner son avis, lundi 5 janvier, sur l’enlèvement du président vénézuélien, Nicolas Maduro, par l’armée américaine, le premier ministre nationaliste hongrois, Viktor Orban, a fait preuve d’une prudence inhabituelle. « Cela s’est produit, et nous examinons si c’est bénéfique ou non pour la Hongrie », a déclaré le dirigeant hongrois lors de sa conférence de presse annuelle, embarrassé face aux nombreuses questions sur la spectaculaire opération du week-end.
Le nouveau président chilien, José Antonio Kast, qui a promis d’en finir avec l’insécurité, l’immigration irrégulière et les difficultés économiques, a réitéré son appel aux étrangers sans papiers à quitter le Chili, dans des propos rapportés par le journal vénézuélien El Nacional.
« Ce serait peut-être plus facile si l’autorité qui se trouve temporairement au Venezuela facilitait l’échange d’informations », a-t-il précisé, alors que les étrangers représentent 8,8 % de la population du Chili, soit 1,6 million de personnes, selon les chiffres de 2024. Fuyant la crise politique et économique dans leur pays, les Vénézuéliens représentent désormais 42,6 % des étrangers au Chili.
José Antonio Kast, qui prendra ses fonctions le 11 mars, a déclaré samedi que l’arrestation de Nicolas Maduro « est une excellente nouvelle pour la région », et a appelé les gouvernements d’Amérique latine « à coordonner le retour sûr et rapide des Vénézuéliens dans leur pays ».
« Nous ne pouvons pas avoir des gens dont nous ne connaissons pas l’identité […]. De nos jours, chacun peut préparer son départ », a-t-il déclaré, avant de prédire qu’il y aurait « un avant et un après » en matière d’immigration avec son arrivée au gouvernement.
Le premier ministre britannique, Keir Starmer, s’est joint à la déclaration commune faite par les dirigeants européens face aux revendications de Donald Trump. Interrogé sur le sujet par la BBC, il a affirmé qu’il s’opposerait au président américain sur la question du Groenland.
« Le Groenland et le Royaume du Danemark doivent décider de l’avenir du Groenland, et seulement le Groenland et le Royaume du Danemark », a précisé Keir Starmer.
Les dirigeants de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de la Pologne, de l’Espagne et du Royaume-Uni ont apporté mardi dans une déclaration commune leur soutien au Danemark face aux revendications de Donald Trump concernant le Groenland.
« Il revient au Danemark et au Groenland, et à eux seuls, de décider des questions concernant le Danemark et le Groenland », ont déclaré les dirigeants européens, soulignant que le Royaume fait « partie » de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) comme les Etats-Unis, eux-mêmes liés à Copenhague par un accord de défense.
« Le Royaume du Danemark – y compris le Groenland – fait partie de l’OTAN. La sécurité dans l’Arctique doit donc être assurée collectivement, en coopération avec les alliés de l’OTAN, y compris les États-Unis », affirment-ils dans une déclaration publiée notamment par la chancellerie allemande.
Selon Emmanuel Macron, Friedrich Merz, Giorgia Meloni, Donald Tusk, Pedro Sanchez, Keir Starmer et Mette Frederiksen, cette coopération doit respecter « les principes de la Charte des Nations unies, notamment la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’inviolabilité des frontières ».
« Ce sont des principes universels, et nous ne cesserons pas de les défendre », ajoutent les dirigeants des principaux pays européens.
Interrogé par le magazine américain The Atlantic sur les implications pour le Groenland de l’opération militaire menée par les forces spéciales américaines au Venezuela, Donald Trump a déclaré que c’était à ses partenaires de les évaluer : « Ils vont devoir se faire leur propre opinion. »
Le président américain répète avoir « besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale ». « Le Danemark ne sera pas en mesure de s’en occuper », a-t-il affirmé devant des journalistes à bord d’Air Force One dimanche soir, assurant qu’il allait s’occuper « du Groenland dans environ deux mois », voire « dans vingt jours ».
Les cours du pétrole restent presque inchangés mardi après l’intervention militaire américaine au Venezuela, car de nombreuses incertitudes sur la gouvernance du pays persistent et toute hausse de production significative pourrait prendre des années. Vers 11 h 10 GMT (12 h 10 à Paris), le prix du baril de brent de la mer du Nord, pour livraison en mars, prenait 0,42 % à 62,02 dollars.
Selon Rystad Energy, « seuls 300 000 barils par jour pourront être ajoutés » à la production actuelle du Venezuela « au cours des deux à trois prochaines années avec des dépenses modérées ». Dépasser ce niveau « nécessiterait un investissement stable de 8 à 9 milliards de dollars par an entre 2026 et 2040, en plus des besoins en capitaux pour maintenir le niveau actuel » de production, d’après la société d’analyse.
Le président américain, Donald Trump, estime que l’éviction de Nicolas Maduro ouvre la voie au retour des majors pétrolières américaines dans ce pays assis sur les plus vastes réserves d’or noir au monde.
La porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois, Mao Ning, a déclaré mardi, lors d’une conférence de presse, que l’enlèvement de Nicolas Maduro par les Etats-Unis viole « gravement le droit international et les normes fondamentales régissant les relations internationales », dans des propos rapportés par Union Radio, au Venezuela.
« Aucun pays ne peut placer ses règles internes au-dessus du droit international », a souligné Mao Ning, ajoutant que les Etats-Unis, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, « ont ignoré les graves préoccupations de la communauté internationale et ont arbitrairement bafoué la souveraineté, la sécurité et les droits et intérêts légitimes du Venezuela ».
Elle a réaffirmé que Pékin « s’oppose fermement » à cet « enlèvement » et a soutenu que « les problèmes internationaux ne devraient pas être résolus par le recours à la force ».
« La Chine respecte la souveraineté et l’indépendance du Venezuela, ainsi que les mesures adoptées par le gouvernement vénézuélien conformément à sa constitution et à ses lois », a ajouté la porte-parole, interrogée sur la situation politique intérieure du pays à la suite de la nomination de Delcy Rodriguez comme présidente par intérim.
Concernant les poursuites judiciaires engagées aux Etats-Unis contre le président vénézuélien, Mao Ning a souligné que Washington « a ignoré le statut de chef d’Etat du président Maduro ». « La Chine exhorte les Etats-Unis à libérer immédiatement le président Maduro et son épouse, et à garantir leur sécurité personnelle », a-t-elle conclu.
« Les Etats-Unis ont justifié leur intervention en invoquant le bilan désastreux et de longue date du gouvernement vénézuélien en matière de droits humains », mais on ne peut contraindre à rendre des comptes en menant une « intervention militaire unilatérale en violation du droit international », a affirmé une porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Ravina Shamdasani, lors d’un point de presse à Genève.
Elle a par ailleurs souligné que le Haut-Commissariat avait, depuis environ une décennie, régulièrement alerté sur « la détérioration continue de la situation au Venezuela ». « Nous craignons que l’instabilité actuelle et la militarisation accrue du pays résultant de l’intervention américaine ne fassent qu’aggraver la situation », a-t-elle conclu.
Le président Erdogan entretenait de très bonnes relations avec son homologue vénézuélien, avec qui il avait su nouer des partenariats économiques importants.
Dans des propos rapportés par l’Agence France-Presse (AFP), des exilés vénézuéliens disent ne pas vouloir se précipiter pour rentrer dans un pays toujours gouverné par des chavistes.
« Il n’y a pas eu de changement de régime au Venezuela, il n’y a pas de transition », a déclaré Ligia Bolivar, sociologue vénézuélienne et défenseure des droits humains vivant en Colombie depuis 2019. « Dans ces circonstances, personne ne va se précipiter pour rentrer chez soi », a-t-elle confié à l’AFP.
Mais si beaucoup disent rêver de rentrer dans leur pays, ils disent clairement qu’ils n’ont pas l’intention de faire leurs valises dans l’immédiat. La plupart invoquent l’économie exsangue du Venezuela pour justifier leur choix de continuer de travailler à l’étranger et d’envoyer des devises à domicile.
Certains expriment également leur crainte de l’appareil sécuritaire vénézuélien, pointant du doigt les paramilitaires qui ont arpenté les rues de Caracas samedi pour réprimer toute manifestation de joie après la destitution de Maduro.
Devant le consulat du Venezuela à Bogota, où il attendait de renouveler son passeport lundi, Alejandro Solorzano, 35 ans, abonde. « Tout reste pareil », dit-il, en référence à la décision du président américain, Donald Trump, de travailler avec l’administration de Nicolas Maduro plutôt qu’avec l’opposition démocratique.
De nombreux Vénézuéliens ont été particulièrement choqués par la décision de Donald Trump d’écarter de la transition la cheffe de l’opposition, Maria Corina Machado, lauréate du prix Nobel de la paix en 2025. Andrea, conseillère en immigration de 47 ans vivant à Buenos Aires, estime toutefois que l’heure de Machado n’est pas encore venue. « Tant que Trump ne verra pas que la situation est sous contrôle, tant qu’il n’aura pas tous ces criminels à sa merci, il ne pourra pas mettre Maria Corina [Machado] aux commandes. Parce que ce serait la jeter aux loups », avance-t-elle.
Le représentant permanent adjoint de la Chine auprès des Nations unies, Sun Lei, a déclaré devant le Conseil de sécurité que la Chine condamnait avec vigueur l’action des Etats-Unis contre le Venezuela, dénonçant une « agression militaire de grande ampleur » et appelant à la libération immédiate du président vénézuélien, Nicolas Maduro, et de son épouse.
Officiellement, la diplomatie russe a condamné l’opération américaine au Venezuela, qui est le principal allié de Moscou en Amérique du Sud. « Les Etats-Unis ont commis un acte d’agression armée contre le Venezuela. Ceci est profondément préoccupant et condamnable », a déclaré samedi dans un communiqué le ministère des affaires étrangères russe, estimant que « l’hostilité idéologique avait triomphé du pragmatisme économique ».
Concernant les exportations, elles ne devraient pas reprendre tant que les sanctions américaines resteront en vigueur. Or, le secrétaire d’Etat, Marco Rubio, a prévenu que les Etats-Unis continueraient, jusqu’à nouvel ordre, à appliquer le blocus pétrolier mis en place en décembre 2025 pour faire pression sur les nouveaux dirigeants vénézuéliens.
« Les Etats ne doivent pas menacer ou recourir à la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre Etat », a déclaré une porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Ravina Shamdasani, lors d’un point de presse à Genève.
« La réaction du président [Emmanuel Macron] nous fait honte », estime Mathilde Panot, présidente du groupe La France insoumise (LFI) à l’Assemblée nationale, lors d’une conférence de presse hebdomadaire. « La loi du plus fort ne doit pas et ne peut pas supplanter le droit international », a-t-elle ajouté.
Le groupe parlementaire de La France insoumise a demandé lundi, par l’intermédiaire de sa présidente, Mathilde Panot, au premier ministre, Sébastien Lecornu, d’organiser un débat à l’Assemblée sur la situation au Venezuela et la position de la France, après « l’enlèvement » de Nicolas Maduro par les Etats-Unis.
Pascal Confavreux, porte-parole de la diplomatie française, a expliqué sur RFI que « personne n’a cautionné » l’intervention américaine au Venezuela. En revanche, il a rappelé que Nicolas Maduro « n’avait plus de légitimité » depuis la dernière élection du 28 juillet 2024, dont les résultats n’ont jamais été publiés. « Il ne sera pas regretté », a-t-il précisé.
En outre, il a critiqué les moyens utilisés par les Etats-Unis, qui « contreviennent au droit international. On voit la loi du plus fort revenir ». Pascal Confavreux a rappelé que la France « prend acte » de cette transition. « Aucune solution politique durable ne peut être imposée de l’extérieur. C’est ce que l’histoire enseigne », a-t-il ajouté.
Avant de conclure : « La fin de cette dérive du gouvernement [de Nicolas] Maduro est une bonne nouvelle pour les Vénézuéliens. (…) Le peuple vénézuélien retrouve ce qu’il avait perdu. La situation est encore fragile et mouvante. »
« Le droit international, ce n’est pas uniquement pour en causer, c’est une règle commune, un garde-fou qui permet d’éviter d’aller plus loin dans la violence et la tentation impériale qui saisit aujourd’hui le monde, donc le président a bien fait de corriger et de prendre date », a-t-il affirmé.
Mais, pour Dominique de Villepin, « nous sommes dans un continuum des événements qui se succèdent ». Avant d’ajouter : « Si nous voulons lancer un avertissement aux Etats-Unis sur les risques que court la société internationale, il faut le faire extrêmement fortement, ce ne sont pas seulement des mots que de rappeler les conséquences de ces choix de violence, on l’a vécu avec l’Afghanistan, l’Irak, la Lybie, le Sahel… »
Après l’opération militaire américaine samedi au Venezuela, la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, a répondu à Donald Trump, qui a justifié la capture de Nicolas Maduro par une remise au goût du jour de la doctrine Monroe, considérant que l’Amérique latine est la chasse gardée des Etats-Unis.
« Le Mexique soutient fermement que l’Amérique n’appartient à aucune doctrine ni à aucune puissance », a lancé la dirigeante mexicaine, lors de sa conférence de presse quotidienne. « Le continent américain appartient aux peuples de chacun des pays qui le forment », a ajouté Claudia Sheinbaum.
Donald Trump a déclaré devant la presse que « la doctrine Monroe est très importante, mais nous l’avons dépassée de très loin ». « La domination américaine dans l’hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question », avait également lancé le président américain, qui a ensuite menacé d’autres gouvernements de gauche en Amérique latine, dont Cuba, la Colombie et le Mexique.
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