L’ONG Iran Human Rights, basée en Norvège, affirme qu’au moins 700 personnes ont été tuées depuis le début de la contestation, un chiffre qu’elle considère elle-même sous-estimé en raison de la coupure totale de l’accès à Internet en Iran.

Au moins 734 manifestants ont été tués en Iran depuis le début du mouvement de contestation contre le pouvoir, a annoncé, mardi, l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, selon laquelle le nombre réel de morts pourrait s’élever à plusieurs milliers.

IHR « continue de recevoir des rapports faisant état de milliers de morts dans différentes villes et provinces d’Iran », précise l’organisation, après plus de deux semaines de manifestations.

Le parquet iranien a annoncé, mardi, que certaines des personnes arrêtées lors des manifestations s’exposaient à des peines passibles de la peine de mort, sur fond d’inquiétudes sur l’intensification de la répression en Iran.

Le bureau des procureurs de Téhéran a déclaré qu’un nombre indéterminé de manifestants serait poursuivi pour « moharebeh » (guerre contre Dieu, en persan), un des chefs d’accusation les plus graves en Iran et passible de la peine de mort, selon un communiqué cité par la télévision d’Etat. Ces « émeutiers » seront « bientôt présentés à la justice », selon la même source.

L’Iran est deuxième au classement mondial en nombre d’exécutions après la Chine, selon des ONG : en 2025, le pays a exécuté au moins 1 500 condamnés à mort, dénombre l’organisation Iran Human Rights (IHR). Douze personnes avaient été exécutées lors de la dernière grande vague de manifestations entre 2022 et 2023, d’après cette ONG basée en Norvège. Et douze autres ont été exécutées pour espionnage au profit d’Israël, depuis la guerre de juin entre les deux pays ennemis.

Il est « extrêmement préoccupant de voir des déclarations publiques de certains responsables judiciaires évoquant la possibilité de recourir à la peine de mort contre des manifestants à l’issue de procédures judiciaires expéditives », a affirmé, mardi, le haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Volker Türk. L’IHR a, quant à elle, dit craindre que la théocratie chiite « cherche à organiser des procès rapides sans respecter les garanties d’un procès équitable pour les manifestants détenus ».

L’ONG a notamment cité le cas d’Erfan Soltani, 26 ans, arrêté samedi 10 janvier dans la ville de Karaj, près de Téhéran, et qui, selon sa famille, a déjà été condamné à mort et pourrait être exécuté dès mercredi. Les accusations retenues contre lui ne sont pas connues et l’affaire n’a pas été relayée par les médias d’Etat en Iran.

Les partenaires commerciaux de l’Iran sont nombreux. Parmi les principaux, on retrouve la Chine, les Emirats arabes unis, la Turquie, la Russie, l’Irak mais aussi l’Allemagne, l’Inde, la Thaïlande, le Sri Lanka, le Japon et les Philippines.

Selon les données de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), plus d’un quart des échanges commerciaux de l’Iran ont été réalisés en 2024 avec la Chine, pour 18 milliards de dollars d’importations et 14,5 milliards de dollars d’exportations.

Les hydrocarbures et les composés chimiques (alcools industriels, plastiques) représentaient la majeure partie des exportations iraniennes vers la Chine. L’Iran, de son côté, a importé de Chine des machines industrielles, des équipements électroniques, des voitures et des métaux.

Selon la Banque mondiale, les exportations iraniennes vers les Emirats arabes unis s’élevaient à 6 milliards de dollars en 2022, tandis que les importations atteignaient 18 milliards de dollars. Selon les données de l’OMC, les Emirats arabes unis vendent à l’Iran de l’or, des smartphones et du maïs en échange d’hydrocarbures principalement.

Les importations turques en provenance d’Iran ont légèrement dépassé les 6 milliards de dollars en 2022, tandis que les exportations ont atteint 5,8 milliards de dollars la même année, selon les données de la Banque mondiale.

Les exportations iraniennes vers l’Irak ont représenté 7,35 milliards de dollars en 2022, tandis que les importations en provenance d’Irak ont atteint 456 millions de dollars, selon la Banque mondiale.

Selon le ministère du commerce indien, les échanges commerciaux avec l’Iran sont passés de 17,03 milliards de dollars en 2018-2019 à 1,68 milliard de dollars en 2024-2025. L’Inde exporte vers l’Iran principalement du riz basmati, du sucre, des fruits frais et des produits pharmaceutiques et importe des pistaches, des pommes, des kiwis et des dattes.

Les exportations allemandes vers l’Iran se sont élevées à 870,5 millions d’euros (1 milliard de dollars) entre janvier et novembre 2025, selon l’office fédéral des statistiques de l’Allemagne, Destatis. Les importations en provenance d’Iran ont atteint 217 millions d’euros au cours de cette période.

Le ministère des affaires étrangères allemand a appelé Téhéran « à mettre fin à la violence contre ses citoyens et à respecter leurs droits ». « Les agissements brutaux du régime iranien contre sa propre population sont choquants », a ajouté le ministère dans un message posté sur X.

Le premier ministre, Sébastien Lecornu, a justifié, mardi, la prudence de la France sur la contestation en Iran par la situation « plus que fragile et préoccupante » de Cécile Kohler et Jacques Paris, détenus pendant plus de trois ans et actuellement assignés à résidence à l’ambassade de France à Téhéran.

La France a « toujours un éminent devoir de protection de la communauté française présente en Iran », a souligné le premier ministre devant l’Assemblée nationale. Il a ajouté : « La question de Mme Kohler et de M. Paris, qui sont encore actuellement à l’ambassade, et dont vous savez très bien que la situation reste plus que fragile et préoccupante. » « Parler de silence est excessif », a-t-il complété en réponse au chef de file des députés UDR, Eric Ciotti, allié du Rassemblement national.

« La République française se tient derrière le peuple iranien » et le « combat que mène le peuple iranien pour sa liberté, le respect de ses droits fondamentaux et les aspirations bien naturelles à vivre dans un autre régime politique mérite d’être non seulement salué mais soutenu unanimement », a appuyé le chef du gouvernement.

Le ministère des affaires étrangères danois a annoncé avoir convoqué le chargé d’affaires d’Iran, l’ambassadeur étant actuellement absent, « afin d’exprimer la condamnation par le gouvernement de l’usage de la violence par le régime iranien contre les manifestants ».

Le ministère danois a déclaré dans un communiqué qu’il a également exhorté « l’Iran à respecter ses obligations internationales, y compris le droit à la liberté d’expression, d’association et de réunion ». « Cela vaut également pour la garantie d’un accès libre et sans entrave à Internet », a-t-il ajouté.

Le président américain, Donald Trump, a encouragé, mardi, les manifestants iraniens à poursuivre leur mouvement jusqu’à renverser les autorités, en promettant sur son réseau Truth Social que « l’aide [était] en route », sans plus de précisions.

« Patriotes iraniens, CONTINUEZ À MANIFESTER. PRENEZ LE CONTROLE DE VOS INSTITUTIONS ! ! ! », a écrit Donald Trump, précisant qu’il avait « annulé toutes les réunions avec des responsables iraniens tant que les meurtres insensés de manifestants ne s’arrêt[ai]ent pas ».

Le Royaume-Uni a convoqué l’ambassadeur d’Iran à Londres pour dénoncer la « répression la plus brutale et la plus sanglante contre des manifestations » depuis des années, a annoncé, mardi, la cheffe de la diplomatie britannique, Yvette Cooper, devant les députés britanniques.

« Sur mes instructions, le secrétaire d’Etat chargé du Moyen-Orient a convoqué l’ambassadeur d’Iran pour souligner la gravité du moment, et exiger de l’Iran qu’il réponde aux rapports horribles que nous recevons », et qui font état de « milliers de morts », a-t-elle rapporté.

La France a convoqué, mardi, l’ambassadeur iranien à Paris pour dénoncer la « violence d’Etat qui s’est abattue aveuglément sur les manifestants pacifiques », a annoncé le ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, lors des questions aux gouvernements devant les députés.

Pour Jean-Noël Barrot, la répression des manifestations qui agitent l’Iran depuis le 28 décembre 2025 est « intolérable, insupportable et inhumaine ». « Cette condamnation, je l’ai signifié au ministre des affaires étrangères de l’Iran et elle sera réitérée à l’ambassadeur d’Iran en France que j’ai convoqué aujourd’hui au Quai d’Orsay », a déclaré le chef de la diplomatie.

« Nous ne nous arrêterons pas là : il ne saurait y avoir aucune impunité pour ceux qui tournent leurs fusils contre des manifestants pacifiques », a affirmé le chef de la diplomatie française, évoquant les sanctions « rapides » contre Téhéran promises par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Plusieurs pays européens, notamment l’Espagne, les Pays-Bas, la Finlande, le Portugal ou la Belgique, ont également annoncé ces dernières heures la convocation à leur ministère des affaires étrangères du représentant de la République islamique dans leur pays. Mme von der Leyen « va proposer un certain nombre de désignations nouvelles ciblant les auteurs qui ont tourné leurs armes contre des civils innocents », a rappelé M. Barrot.

Le gouvernement irlandais a annoncé mardi avoir décidé de reporter la cérémonie de présentation des lettres de créance du nouvel ambassadeur d’Iran à Dublin.

Cette décision « a été prise à la lumière des manifestations en Iran ces derniers jours qui ont entraîné un très grand nombre de tués ou de blessés ainsi qu’une coupure des communications », a déclaré un porte-parole du ministère des affaires étrangères irlandais dans un communiqué transmis à l’Agence France-Presse.

Eshaq Al-Habib a été nommé par le ministère des affaires étrangères iranien fin 2025. Il devait prendre officiellement ses fonctions à l’issue de la cérémonie prévue mardi à la résidence de la présidente irlandaise, Catherine Connolly. L’ancien ambassadeur d’Iran en Irlande, Masoud Eslami, occupait ce poste entre 2018 et 2024, depuis lors laissé vacant.

Le premier ministre irlandais, Micheal Martin, a appelé, mardi, « à la fin de la répression en Iran ». « Il faut une gouvernance différente en Iran, davantage de libertés pour la population, le droit de se réunir librement, le droit à la liberté d’expression et un système de gouvernance plus démocratique », a-t-il déclaré devant des journalistes à Dublin.

Le ministre des affaires étrangères portugais, Paulo Rangel, a convoqué le représentant de la diplomatie iranienne « pour lui transmettre de vive voix la condamnation véhémente, déjà réitérée ces derniers jours, de la répression violente des manifestations » des derniers jours contre le régime de Téhéran.

« Par ailleurs, dans un cadre de concertation européenne, le Portugal est prêt à renforcer les sanctions contre l’Iran », a précisé le ministère des affaires étrangères sur son compte X. Lisbonne a ainsi appelé « à ce que soient respectés les droits des citoyennes et des citoyens iraniens ».

Reza Pahlavi, le fils de l’ancien chah d’Iran, qui s’est érigé en figure de ralliement dans la contestation, a estimé, dans un entretien publié mardi par Le Figaro Magazine, que « jusqu’à présent, la France a malheureusement adopté une posture d’apaisement vis-à-vis du régime iranien » face à la répression des manifestations.

« Il me semble moralement impératif pour le président Emmanuel Macron, et les dirigeants occidentaux, de se placer du bon côté de l’Histoire », a martelé cet opposant qui vit en exil depuis la révolution islamique de 1979 qui a renversé son père, mettant en garde contre un « énième arrangement avec un régime au bord de l’effondrement ».

Le président français a d’abord condamné « fermement », vendredi 9 janvier, « le meurtre de manifestants », dans une déclaration avec le chancelier allemand, Friedrich Merz, et le premier ministre britannique, Keir Starmer. Les trois dirigeants ont appelé Téhéran à la « retenue ».

Lundi soir, sur X, il a de nouveau condamné « la violence d’Etat qui frappe aveuglément » les manifestants et s’est dit « aux côtés » des défenseurs des « libertés fondamentales » − alors que de premières critiques commençaient à émerger sur la position française.

Cécile Kohler et Jacques Paris, assignés à l’ambassade de France à Téhéran en attente d’une potentielle libération, « vont bien » malgré le mouvement contestataire inédit qui secoue l’Iran, a fait savoir mardi à l’Agence France-Presse leur entourage, qui « suit la situation heure par heure ».

« Ils sont toujours assignés à résidence à l’ambassade. Ils sont avec les personnels essentiels [de l’ambassade] qui continuent à être très attentifs à leur égard », a déclaré Noémie Kohler, la sœur de Cécile Kohler. « Leur sécurité est assurée », a insisté, de son côté, Anne-Laure Paris, la fille de Jacques Paris. « Ils se remettent peu à peu de leur détention, mais ils sont impatients de rentrer », a-t-elle ajouté.

Les deux Français avaient été arrêtés et incarcérés en Iran en mai 2022 avant d’être condamnés respectivement à vingt et dix-sept ans de prison, notamment pour espionnage pour Israël, en octobre 2025. Ils avaient finalement été libérés, au début de novembre, avec l’interdiction toutefois de quitter le pays.

« Nous savons que toute escalade [entre Washington et Téhéran] aurait des conséquences catastrophiques dans la région et au-delà, et nous voulons donc l’éviter autant que possible », a déclaré le porte-parole du ministère des affaires étrangères qatari, Majed Al-Ansari, lors d’une conférence de presse à Doha, après que le président américain a menacé d’intervenir militairement dans ce pays, en proie à la contestation.

Le président américain a assuré, il y a dix jours, que les Etats-Unis étaient « parés à intervenir » et viendraient au « secours » des manifestants si les autorités iraniennes les tuaient. De son côté, l’Iran a menacé, dimanche, Israël et les bases américaines au Moyen-Orient de représailles en cas d’intervention militaire des Etats-Unis contre la République islamique.

Dans un message posté sur son compte Instagtam, la dernière impératrice d’Iran, Farah Pahlavi, veuve de Mohammad Reza Pahlavi, dernier chah d’Iran, et mère de Reza Pahlavi, s’est adressée aux manifestants en Iran : « Votre courage, votre patriotisme et votre abnégation ces derniers jours vous ont valu le respect du monde entier », écrit-elle.

« Je sais que les esprits sombres, craignant d’entendre votre voix, ont coupé vos moyens de communication avec le monde extérieur, mais sachez que votre message est trop fort pour être réduit au silence par de telles actions », ajoute-t-elle, affirmant que ces actions « finiront tôt ou tard par briser le mur de la censure ».

Mme Pahlavi dénonce aussi le « massacre de manifestants innocents en Iran », déplorant le « sang versé de chaque enfant de ce pays ». « Sachez que l’histoire de ces jours en Iran restera à jamais gravée dans les pages de l’histoire, et que la honte restera pour ceux dont les balles ont transpercé la poitrine de leurs frères et sœurs », conclut-elle.

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