« Ils ont recruté et formé certaines personnes, à l’intérieur comme à l’extérieur », a accusé le président iranien, lors de sa première prise de parole après trois nuits de manifestations intensifiées contre les autorités. Au moins 192 personnes ont été tuées en deux semaines, selon une ONG.

« Je suis prêt à retourner en Iran dès que possible. C’est déjà en préparation », a expliqué Reza Pahlavi sur Fox News. « Mon travail consiste à mener cette transition afin de m’assurer que tout soit mis en œuvre, dans une transparence totale, pour que les citoyens puissent élire librement leurs dirigeants et décider de leur propre avenir », a ajouté le fils de l’ancien chah et figure de l’opposition iranienne en exil aux Etats-Unis.

« Ils [les Etats-Unis et Israël] ont recruté et formé certaines personnes, à l’intérieur comme à l’extérieur (…) fait entrer des terroristes depuis l’étranger », a accusé le président iranien Massoud Pezeshkian lors d’un entretien télévisé diffusé sur la chaîne publique IRIB, ajoutant que les deux pays « cherchent à aggraver les troubles ».

Des propos qui font suite aux menaces énoncées par le président du Parlement de la République islamique, Mohammad Bagher Ghalibaf, qui assure qu’« en cas d’attaque militaire américaine, le territoire occupé ainsi que les installations militaires et navales américaines seront nos cibles légitimes ». Il a semblé ainsi également faire référence à Israël, que l’Iran ne reconnaît pas et qu’il considère comme un territoire palestinien occupé.

Samedi, le président américain Donald Trump a répété samedi que Washington se tenait « prêt à aider » les manifestants « aspirant à la liberté ». Il avait auparavant menacé de « frapper très fort » le pays en cas de vague de répression meurtrière. Vendredi soir, déjà, le président américain avait menacé Téhéran, déclarant : « Vous feriez mieux de ne pas commencer ​à tirer sinon nous ‍aussi nous commencerons à tirer. » « J’espère seulement que les manifestants ​en Iran seront en sécurité, car c’est un endroit très ‌dangereux en ce moment ». Pour rappel, les Etats-Unis ont frappé des installations nucléaires en Iran en juin 2025, se joignant ainsi à ‌Israël dans une brève guerre contre Téhéran.

« Les manifestations sont une affaire interne à l’Iran », a fait savoir, dimanche, une source officielle de l’armée israélienne. « Nous suivons de près les développements en cours en Iran », ajoute l’armée en faisant état de plusieurs « évaluations » conduites par l’état-major sur les protestations qui secouent le pays depuis deux semaines. « L’armée se tient prête à agir défensivement (…). Nous serons en capacité de répondre avec force si nécessaire », précise la même source.

Dimanche matin, l’agence de presse Reuters avait cité trois responsables israéliens rapportant un « état d’alerte maximal » dans le pays. L’Iran a menacé dimanche Israël et les bases américaines au Moyen-Orient de représailles en cas d’intervention militaire des Etats-Unis contre la République islamique. « Nous espérons tous que la nation perse sera bientôt libérée du joug de l’oppression », a également déclaré, dimanche, le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, lors de la réunion hebdomadaire de son gouvernement. « Lorsque le régime tombera, nous ferons ensemble de bonnes choses pour les deux peuples », a-t-il ajouté, selon les comptes-rendus de la presse israélienne.

Luc Bronner (Jérusalem, correspondant)

« Le peuple [iranien] ne devrait pas permettre aux émeutiers de déstabiliser la société. Le peuple devrait avoir confiance en [la] volonté [du gouvernement] d’instaurer la justice », a déclaré le président Massoud Pezeshkian, dans un entretien diffusé par la chaîne de télévision publique IRIB et visionné par l’Agence France-Presse, dans sa première prise de parole après trois nuits de manifestations intensifiées contre les autorités.

« Manifester est un droit du peuple », a-t-il ajouté établissant une distinction entre la colère suscitée par la grave crise économique que traverse le pays et les « émeutiers ». Il a appelé les Iraniens à « s’unir et ne pas laisser ces personnes semer l’émeute ». « Si les gens ont des préoccupations, nous les entendrons, c’est notre devoir de les écouter et de résoudre leurs problèmes. Toutefois, notre devoir premier est de ne pas laisser les émeutiers venir perturber la société », a-t-il insisté.

Le ministre israélien des affaires étrangères, Gideon Saar, a déclaré, dans un entretien télévisé partagé sur X, qu’Israël soutenait le peuple iranien dans ce qu’il a qualifié de « lutte pour la liberté » et « souhaite bonne chance » aux manifestants, alors que d’importantes contestations secouent la République islamique et que 192 manifestants morts ont été dénombrés par l’ONG Iran Human Rights depuis le début du mouvement, soit plus du double de chiffre de 51 morts donné vendredi.

« Nous pensons qu[e l’Iran] mérite un avenir meilleur. Nous n’avons aucune hostilité envers le peuple iranien. Nous avons un énorme problème (…) avec le régime (…), premier exportateur de terrorisme et de radicalisme », a poursuivi M. Saar.

Le drapeau de la République islamique d’Iran a brièvement été remplacé par un drapeau de l’ancien régime monarchique au fronton de l’ambassade iranienne à Londres par un manifestant, lors d’un rassemblement samedi de plusieurs centaines de personnes en soutien au mouvement, ont indiqué des témoins à l’AFP.

Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre un homme sur le balcon du bâtiment, situé près de Hyde Park dans le centre de la capitale, retirer le drapeau de la République islamique sous les hourras et le remplacer par un drapeau orné d’un lion et d’un soleil, symboles de la monarchie. L’ancien drapeau est resté en place pendant plusieurs minutes avant d’être enlevé, ont indiqué plusieurs témoins à une journaliste de l’AFP sur place.

Certains agitaient également des pancartes sur lesquelles était écrit « Iran libre » (Free Iran). « Je suis ici pour soutenir les Iraniens. Mes proches en Iran manifestent depuis deux semaines aujourd’hui. Internet est coupé. Je crois que cela fait trois jours que nous n’avons aucun contact avec qui que ce soit, a témoigné auprès de l’AFP Taraneh, 33 ans, habitant Londres depuis cinq ans. Les gens sont toujours dans la rue. Ils sont attaqués. La République islamique est en plein chaos. Ils assassinent des gens ».

La police de Londres a indiqué sur X que des agents étaient sur place après qu’un manifestant « a grimpé sur le balcon du bâtiment » et a plus tard précisé qu’elle avait arrêté deux personnes, « l’une pour intrusion aggravée et agression d’un agent des forces de l’ordre, l’autre pour intrusion aggravée ». Une autre personne est toujours recherchée, a-t-elle ajouté. « Aucun trouble grave n’a été constaté, et les policiers resteront sur place afin d’assurer la sécurité de l’ambassade », indique encore la Metropolitan Police.

Au moins 192 personnes ont été tuées en deux semaines de manifestations, a déclaré dimanche un groupe de défense des droits humains, soit une forte augmentation par rapport au précédent bilan de 51 morts. « Depuis le début des manifestations, Iran Human Rights a confirmé la mort d’au moins 192 manifestants », a déclaré cette ONG basée en Norvège, prévenant que le bilan pourrait être beaucoup plus lourd, la coupure d’Internet depuis la nuit de jeudi à vendredi ayant entravé la vérification des faits.

Le président iranien Massoud Pezeshkian abordera la situation économique et les « revendications du peuple » dans une interview qui sera diffusée dimanche, après deux semaines de manifestations antigouvernementales, a rapporté la télévision d’Etat.

« Lors d’un entretien avec les médias nationaux, le président a présenté l’état d’avancement du principal plan économique du gouvernement visant à réformer le système de subventions. Il a également abordé les événements récents et la manière dont le gouvernement répond aux attentes de la population », a rapporté la chaîne de télévision publique IRIB. L’interview doit être diffusée plus tard dans la journée de dimanche, a-t-on appris sans plus de précisions.

Le ministre des affaires étrangères israélien a jugé dimanche « l’heure venue pour l’UE de qualifier les gardiens de la révolution iranienne d’organisation terroriste », au moment où la République islamique est soupçonnée de réprimer violemment des manifestations.

« Telle est depuis longtemps la position de l’Allemagne, et aujourd’hui, l’importance de cette question est claire pour tous », a déclaré Gideon Saar sur X, après des discussions avec le ministre de l’intérieur allemand Alexander Dobrindt, en visite en Israël.

Dans une déclaration commune publiée vendredi, Emmanuel Macron, Keir Starmer et Friedrich Merz ont notamment appelé les autorités iraniennes à « faire preuve de retenue ». Les dirigeants français, britannique et allemand condamnent « fermement » « le meurtre de manifestants » et exhortent le régime islamique à « s’abstenir de toute violence et à respecter les droits fondamentaux des citoyens iraniens ».

« Les autorités iraniennes ont la responsabilité de protéger leur propre population et doivent garantir la liberté d’expression et de rassemblement pacifique, sans crainte de représailles », ajoutent-ils.

Des médias d’Etat iraniens, cités par la chaîne Al-Jazira, assurent que des dizaines de membres des forces de sécurité ont été tués lors des manifestations.

La télévision d’Etat iranienne a ainsi annoncé que 30 membres des forces de police et de sécurité avaient été tués rien que dans la province d’Ispahan. Le commandant des « unités spéciales du commandement des forces de l’ordre », également cité par la chaîne qatarie, évoque pour sa part huit membres des forces de sécurité tués les 8 et 9 janvier « lors d’opérations visant à réprimer des émeutes dans différentes villes ».

Le chef de la police iranienne, Ahmad Reza Radan, a pour sa part déclaré dimanche, selon les médias d’Etat, que le niveau de confrontation avec les émeutiers avait été « intensifié ».

Sur le terrain, la mobilisation semble continuer. Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux ont montré de grandes foules défilant dans la nuit de samedi à dimanche dans plusieurs villes iraniennes, notamment la capitale Téhéran et Machhad, dans l’est du pays.

Dans d’autres vidéos, qui n’ont pas pu être authentifiées à ce stade, on voit des familles qui semblent identifier dans une morgue de Téhéran les corps de proches tués dans les manifestations.

A Téhéran, un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP) décrit une quasi-paralysie de la vie quotidienne. Le prix de la viande a presque doublé depuis le début de la contestation et beaucoup de boutiques ont baissé le rideau.

Les écoles sont fermées, et l’enseignement se fait désormais à distance, mais sans internet ; il est impossible de se connecter. De même, si de nombreux Iraniens se rendent encore au bureau, l’absence de réseau rend toute activité pratiquement impossible.

Samedi soir, les lignes de téléphonie mobile ont également été coupées. Selon des habitants de Téhéran, lors de la dernière grande vague de manifestations en 2022-2023, elles continuaient de fonctionner et le niveau de perturbation de la vie quotidienne n’avait rien à voir avec la situation actuelle.

Le Centre pour les droits de l’homme en Iran (CHRI), dont le siège est à New York, a par ailleurs dit avoir reçu des « témoignages directs et des rapports crédibles » sur la mort de centaines de manifestants ces derniers jours. « Un massacre est en cours en Iran. Le monde doit agir maintenant pour empêcher de nouvelles pertes humaines », avertit l’organisation.

Elle ajoute que les hôpitaux sont « débordés », que les réserves de sang diminuent et que de nombreux manifestants ont été délibérément visés aux yeux par des tirs.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, Internet a été coupé sur l’ensemble du territoire iranien. Vendredi, Le Monde avait pu localiser et authentifier plusieurs images de ces manifestations, dans une quinzaine de localités. Elles ont été publiées sur les réseaux sociaux avant que le pays ne soit coupé du reste du monde. Les voici : Depuis, d’autres vidéos amateurs continuent de circuler, dont certaines sont produites par des Iraniens qui parviennent à contourner la censure, par le biais par exemple des réseaux VPN. Nos équipes continuent actuellement de travailler pour les authentifier.

Le fils de l’ancien chah, chassé de son pays par la révolution khomeyniste de 1979, multiplie les appels à manifester contre le régime islamique. Alors que son nom est scandé dans les cortèges, celui qui vit en exil aux Etats-Unis s’érige de plus en plus en meneur de la contestation.

Par Claire Gatinois, Ghazal Golshiri

« En cas d’attaque militaire américaine, le territoire occupé ainsi que les installations militaires et navales américaines seront nos cibles légitimes », a déclaré Mohammad Bagher Ghalibaf, selon des propos rapportés par la télévision d’Etat. Il semble ainsi également faire référence à Israël, que l’Iran ne reconnaît pas et qu’il considère comme un territoire palestinien occupé.

L’Iran a procédé à d’importantes arrestations de figures-clés du mouvement de protestation qui a secoué la république islamique ces deux dernières semaines, a déclaré dimanche le chef de la police nationale.

« Hier soir [samedi soir], d’importantes arrestations ont été effectuées parmi les principaux acteurs des émeutes, qui, si Dieu le veut, seront punis après avoir suivi les procédures légales », a déclaré Ahmad Reza Radan à la télévision d’Etat, sans donner de détails sur le nombre ou l’identité des personnes arrêtées.

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