Le président de la République a présenté jeudi ses vœux aux armées depuis la base aérienne d’Istres (Bouches-du-Rhône). Un peu plus tôt dans la matinée, un conseil de défense avait été convoqué en urgence à l’Elysée.
L’Union européenne a « une responsabilité stratégique » au Groenland au moment où les Etats-Unis convoitent ce territoire autonome danois, a souligné jeudi Jean-Noël Barrot lors d’un point presse avec son homologue lettone.
« La sécurité de l’Arctique est indissociable de la nôtre, de la sécurité européenne », a également estimé le chef de la diplomatie française. « Nous sommes en soutien et en solidarité avec le Danemark comme nous souhaiterions pouvoir compter sur le soutien et la solidarité du Danemark, si nous nous trouvions aujourd’hui dans la même situation », a-t-il ajouté.
Deux Hercules C-130 arrivés par rotation tard dans la soirée, mercredi 14 janvier, sur le tarmac de l’aéroport de Nuuk, la capitale du Groenland, ne transportaient pas seulement des soldats danois à leur bord, mais aussi les premiers militaires européens, parmi lesquels figuraient cinq Français.
Jeudi matin, ils étaient tous réunis en briefing au siège de l’Artick Commando, le Commandement interarmées de la défense danoise chargée, à Nuuk, de protéger la souveraineté du royaume du Danemark autour des îles Féroé et du Groenland.
Une certaine agitation régnait autour de la mission militaire, encore plongée dans la nuit polaire et plutôt habituée jusqu’ici à des missions concernant la prévention de la pollution maritime, l’inspection des pêches, le sauvetage, les relevés hydrographiques et le soutien aux missions scientifiques.
En alerte depuis quelques jours, le départ des soldats européens allemands, norvégiens, suédois, français, britannique et néerlandais s’est accéléré mardi, pour répondre, selon une source, à une « urgence politique ». « En mission de reconnaissance », ils sont surtout chargés de faire le point sur les conditions et la logistique d’un éventuel déploiement plus large.
L’issue de la réunion à Washington, mercredi, entre les représentants de haut rang américains, danois et groenlandais, lors de laquelle des « divergences fondamentales » ont été constatées, n’a rien changé. Quelques instants plus tard Donald Trump avait réitéré son intention de prendre le contrôle de l’île inuite pour « la sécurité » des Etats-Unis.
Isabelle Mandraud (Nuuk (Groenland), envoyée spéciale)
Jeudi matin, Olivier Poivre d’Arvor, ambassadeur chargé des pôles et des affaires maritimes, a déclaré sur Franceinfo qu’une « quinzaine de soldats » français, des chasseurs alpins, étaient d’ores et déjà présents à Nuuk. Dans ce direct, nous vous avons communiqué cette information à plusieurs reprises depuis cet entretien.
Selon notre envoyée spéciale sur place, Isabelle Mandraud, seuls cinq soldats français sont, en fait, arrivés au Groenland à cette heure. Un dispositif de moindre ampleur mais qui positionne la France, selon ce qu’a déclaré une source diplomatique à notre correspondante régionale Anne-Françoise Hivert, comme « le plus gros contingent » européen déployé dans le territoire autonome danois à ce stade.
La Suède, l’Allemagne, la Norvège ont annoncé déployer du personnel militaire dans ce territoire arctique pour une mission de reconnaissance, sans préciser le nombre de soldats en question. Les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont annoncé qu’ils déployaient respectivement un officier au Groenland.
Jeudi midi, lors de ses vœux aux armées, Emmanuel Macron a annoncé que les premiers soldats français seront appuyés « par des moyens terrestres, aériens et maritimes ».
« La sécurité dans la région arctique (y compris au Groenland) revêt une importance stratégique pour tous les membres de l’OTAN », a déclaré le ministre de la défense néerlandais, Ruben Brekelmans, dans un communiqué.
« C’est pourquoi les Pays-Bas participent, avec d’autres pays de l’OTAN, à une mission de reconnaissance conjointe au Groenland dans le cadre d’un exercice militaire en Arctique », a-t-il ajouté. « Le ministère de la défense enverra un officier de marine », a précisé M. Brekelmans.
Cette annonce fait suite à celles de la France, de la Suède, de l’Allemagne et de la Norvège, qui ont annoncé déployer du personnel militaire dans ce territoire arctique pour une mission de reconnaissance.
Le premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, a prôné la voie du dialogue, au lendemain d’une rencontre à la Maison Blanche consacrée à l’avenir de l’île autonome arctique, sous souveraineté danoise mais âprement convoitée par Donald Trump.
« Le dialogue et la diplomatie sont la bonne voie à suivre, y compris lorsque les intérêts sont importants et que la pression est palpable », a écrit M. Nielsen sur Facebook, se félicitant que le dialogue était maintenant « en cours » après la rencontre des ministres des affaires étrangères danois et groenlandaise avec le vice-président et le secrétaire d’Etat américains, qui a fait état de « différences fondamentales » de position.
Le président français a explicitement qualifié le Groenland de « territoire autonome du Royaume du Danemark » et souligné que « les Européens [avaie]nt une responsabilité particulière, car ce territoire appartient à l’Union européenne, car ce territoire est aussi celui d’un de nos alliés de l’OTAN ».
« Pour être puissant dans ce monde si brutal, il faut faire plus vite et faire plus fort », a déclaré le chef de l’Etat en présentant ses vœux aux armées sur la base aérienne d’Istres (Bouches-du-Rhône).
« Des certitudes qui parfois avaient des décennies sont remises en cause (…) L’Europe a des compétiteurs qu’elle ne pensait pas voir. Elle a parfois des alliés qu’on pensait prévisibles, impavides, toujours à nos côtés, qui se mettent à faire douter beaucoup, voire qui se retournent vers ceux qui doutaient le moins », a lancé Emmanuel Macron dans une allusion au Danemark et aux pays de l’Est européen.
Une mission militaire européenne a démarré, jeudi, au Groenland, territoire autonome danois convoité par Donald Trump. La France, la Suède, l’Allemagne et la Norvège ont annoncé le déploiement de personnel militaire pour une mission de reconnaissance qui s’inscrit dans le cadre de l’exercice danois « Arctic Endurance » organisé avec des alliés de l’OTAN.
Alors que des soldats français sont déjà présents à Nuuk, Emmanuel Macron a annoncé lors de ses vœux aux armées à Istres que cette équipe « sera renforcée dans les prochains jours par des moyens terrestres aériens et maritimes ».
Le président de la République, Emmanuel Macron, présente, à partir de 12 h 30, ses vœux aux armées à la base aérienne d’Istres (Bouches-du-Rhône), que nous suivons en live ci-dessous : 12:05 L'éditorial du « Monde »
La mission de reconnaissance entreprise par des pays européens membres de l’OTAN au Groenland a été ordonnée en raison des « menaces russes et chinoises » dans l’Arctique, a déclaré le ministère de la défense allemand dans un communiqué qui n’évoque pas les ambitions territoriales américaines.
« L’Allemagne, en collaboration avec d’autres partenaires de l’OTAN, va envoyer une équipe de reconnaissance au Groenland. L’objectif est d’évaluer les moyens d’assurer la sécurité face aux menaces russes et chinoises dans l’Arctique », a précisé le ministère.
A l’issue des élections municipales organisées en novembre, le parti de la première ministre, Mette Frederiksen, a perdu la direction de plus d’une quinzaine de communes sur 98. Parmi elles, la capitale, Copenhague, dont la nouvelle maire est issue du Parti populaire socialiste.
Pour les sociaux-démocrates, au pouvoir depuis 2019, il s’agit de la deuxième claque électorale de suite. Lors du scrutin européen, le 9 juin 2024, ils n’avaient remporté que 15,5 % des voix, se classant derrière le Parti populaire socialiste (17,4 %).
Selon Bill White, l’ambassadeur américain en Belgique, les événements en cours au Groenland pourraient permettre au parti de la première ministre, une eurosceptique devenue pro-européenne, de remonter dans les sondages en vue des élections législatives qui doivent se tenir avant le 31 octobre 2026.
Sur Facebook, la première ministre danoise, Mette Frederiksen, estime que la rencontre à Washington entre responsables américains, danois et groenlandais « n’a pas été facile ».
Le ministre des affaires étrangères du Danemark, Lars Lokke Rasmussen, et son homologue groenlandaise, Vivian Motzfeldt, ont été reçus à la Maison Blanche par le vice-président, J. D. Vance, et le secrétaire d’Etat, Marco Rubio.
« Un groupe de travail est actuellement mis en place pour discuter de la manière dont la sécurité dans l’Arctique peut être renforcée », a dit la cheffe du gouvernement danois. « Il existe un désaccord fondamental, car l’ambition américaine de s’emparer du Groenland demeure intacte. La situation est évidemment grave et, par conséquent, nous poursuivons nos efforts pour empêcher que ce scénario ne se concrétise », affirme la dirigeante des sociaux-démocrates danois, rappelant que son pays a « investi massivement dans de nouvelles capacités arctiques ».
Les Etats-Unis et le Danemark parviendront probablement à un accord bénéfique, selon l’ambassadeur américain en Belgique, Bill White, qui a souligné l’engagement du président Donald Trump envers l’OTAN.
« Je suis convaincu qu’un cadre de coopération productif sera mis en place entre le président Trump et la première ministre danoise, ce qui permettra de renforcer la sécurité du Groenland, a-t-il déclaré lors d’un entretien sur Bloomberg Radio. Et cela est bénéfique pour l’OTAN, l’Europe et les Etats-Unis. »
Ses commentaires interviennent après une réunion, mercredi, entre les ministres des affaires étrangères du Danemark et du Groenland et le secrétaire d’Etat et le vice-président américains, qui n’a abouti à aucune avancée.
Affirmant que « l’importance militaire stratégique » du Groenland ne saurait être sous-estimée, Bill White a déclaré que certaines préoccupations sécuritaires des Etats-Unis étaient trop sensibles pour être exposées publiquement. Il a également suggéré, lors d’une interview accordée à Bloomberg TV, que la première ministre danoise, Mette Frederiksen, pourrait tirer profit politiquement du conflit avec les Etats-Unis au sujet du Groenland, à l’approche des élections prévues en 2026.
« Quelques échanges, même brefs, avec le président Trump l’aident en réalité à remporter l’élection. Nous souhaitons vraiment qu’elle gagne ce scrutin », a-t-il dit, ajoutant que le président américain était le « plus grand défenseur de l’OTAN ».
La seule base militaire américaine au Groenland est la base spatiale de Pituffik, à 1 500 kilomètres au nord de la capitale, Nuuk. Environ 150 soldats américains – contre 10 000 au plus fort de la guerre froide – y sont déployés. Située à 1 210 kilomètres au nord du cercle polaire, elle abrite un radar géant, capable de détecter une éventuelle attaque au moyen de missiles balistiques survolant le pôle Nord, ainsi qu’un des centres de contrôle du réseau de satellites militaires américains.
Concernant leur départ, le Danemark ne l’a pour l’instant pas demandé, en sachant qu’il existe un accord de défense entre ce dernier et les Etats-Unis à propos du Groenland depuis 1951, qui donne quasiment carte blanche aux forces armées américaines sur le territoire groenlandais, tant qu’elles préviennent en amont les autorités locales de leurs actions.
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Curated by Sofia Andersson






