Des défenseurs des droits humains ont accusé l’Iran de masquer la répression sanglante des manifestations. L’ONG Iran Human Rights dit avoir confirmation de la mort de 648 manifestants, mais la réalité pourrait être bien plus noire en raison de l’absence totale de communication.
Le ministre des affaires étrangères iranien, Abbas Araghtchi, a exprimé mardi sur Telegram son « objection » à la décision du Parlement européen d’interdire l’entrée de diplomates ou de responsables iraniens dans ses locaux. « L’Iran ne cherche pas à être hostile à l’Union européenne, mais toute restriction sera réciproque », a-t-il affirmé.
Le ministre a dénoncé un deux-poids deux-mesures avec les représentants israéliens, notant que « plus de deux ans de génocide à Gaza ayant coûté la vie à 70 000 Palestiniens n’ont pas poussé le Parlement européen à prendre une quelconque mesure réelle contre Israël ».
Lundi, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, avait affirmé sur X que la Chambre « ne contribuera pas à légitimer ce régime [iranien] qui s’est maintenu par la torture, la répression et le meurtre ».
Amnesty international et Human Rights Watch (HRW) dénoncent, dans un communiqué commun, la « répression meurtrière » des forces de l’ordre et des autorités judiciaires iraniennes depuis le début des manifestations, l’« utilisation illégale de la force et des armes à feu », ainsi que les « arrestations arbitraires massives ».
« Les forces de sécurité, notamment les services de renseignement des Gardiens de la révolution, la force de résistance Basij et la police iranienne, ont illégalement utilisé des fusils d’assaut, des fusils de chasse, des canons à eau, des gaz lacrymogènes et des coups pour disperser, intimider et punir des manifestants largement pacifiques », dénoncent les deux organisations, alors que les liaisons téléphoniques internationales ont repris mardi avec l’Iran, permettant la sortie de nouveaux témoignages.
Amnesty international et HRW font état d’au moins 28 morts parmi les manifestants et les civils, dont des enfants, entre le 10 et le 13 janviers, dans treize villes iraniennes.
« Le peuple iranien, qui ose exprimer sa colère face à des décennies de répression et réclamer des changements fondamentaux, a une fois de plus été confronté à un schéma meurtrier de tirs illégaux, de poursuites, de détentions et de passages à tabac de manifestants par les forces de sécurité, dans des scènes qui rappellent le soulèvement “Femmes, vie, liberté” de 2022 », a déclaré Diana El-Tahavi, directrice adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International, citée dans le communiqué. Elle appelle le gouvernement iranien à « cesser l’usage illégal de la force et des armes à feu ».
Deux semaines après le début d’une contestation qui atteint une ampleur sans précédent, les morts se comptent par centaines. Y compris dans des villes du sud-ouest du pays, habituellement plus loyales au régime. Le média en exil IranWire y a recueilli des témoignages qui décrivent une répression impitoyable.
Nous vous recommandons la lecture de cet article traduit par nos confrères de Courrier international, une rédaction du Groupe Le Monde.
Forts du rassemblement massif de leurs partisans lundi, de hauts responsables de la République islamique ont durci le ton et multiplié les menaces envers les manifestants, alors que le pays traverse la vague de protestation la plus importante depuis la fondation du régime, en 1979.
Après les manifestations massives et la répression sanglante de ces derniers jours, la République islamique d’Iran a tenu à faire une démonstration de force. Lundi 12 janvier, à Téhéran, à Hamadan, à Ilam, à Kerman et dans plusieurs autres villes, le pouvoir a appelé ses partisans à descendre dans la rue afin de condamner les « vandales », les « fauteurs de trouble » et les « terroristes armés ». Une opération organisée alors que le pays traverse la vague de contestation la plus importante depuis la fondation de la République islamique, en 1979, et que le bilan de la répression ne cesse de s’alourdir.
Alors que des défenseurs des droits humains ont accusé la République islamique d’avoir coupé l’accès à Internet, le 8 janvier, afin de masquer la répression sanglante des manifestations, le ministre des affaires étrangères iranien, Abbas Araghtchi, a défendu une version différente sur la chaîne Al-Jazira. « Le gouvernement dialoguait avec les manifestants. Internet n’a été coupé que lorsque nous avons été confrontés à des opérations terroristes et constaté que les ordres venaient de l’étranger », a déclaré M. Araghtchi.
Selon l’ONG Iran Human Rights, la répression du mouvement de protestation, qui a débuté le 28 décembre sur fond de crise économique mais qui défie désormais le pouvoir, s’intensifie. L’organisation dit avoir confirmation de la mort de 648 manifestants et d’environ 10 000 arrestations. Mais la réalité pourrait être bien plus noire, craint l’ONG, évoquant des rapports pour l’heure non confirmés allant jusqu’à 6 000 morts. Les autorités ont imposé une coupure totale des communications Internet depuis le 8 janvier, compliquant la collecte d’informations.
« Il est formellement déconseillé aux ressortissants français de se rendre en Iran, compte tenu notamment du risque de détention arbitraire », a rappelé le ministère de l’Europe et des affaires étrangères français, dans un communiqué cité par la ministre déléguée chargée de la francophonie, sur X. « Pour ceux qui y seraient déjà de passage, il est recommandé de quitter le territoire iranien immédiatement », ajoute le ministère, du moins temporairement.
Pour les ressortissants qui ne peuvent pas quitter le territoire, le ministère préconise de « se tenir strictement à l’écart de tout rassemblement et manifestation », de ne « prendre aucune photo ni vidéo » et d’« éviter impérativement tout déplacement de nuit et, en journée, d’observer la plus grande vigilance », en conservant une copie de leurs papiers d’identité sur eux.
« A ce jour, seule la téléphonie mobile de numéro iranien à numéro iranien fonctionne », précise le ministère, ajoutant que « le réseau téléphonique iranien n’est pas joignable actuellement depuis l’étranger et [que] le réseau Internet ne fonctionne pas en Iran ».
Notant les « rumeurs » qui circulent à propos de la situation en Iran, l’armée israélienne a fait savoir, mardi, qu’elle était « prête à se défendre et en état d’alerte en cas de scénarios surprise, si nécessaire », sans émettre pour autant de recommandations à la population, comme elle le fait en cas de menace imminente.
« Les manifestations en Iran sont une affaire interne. Nous continuons à évaluer la situation en permanence et vous tiendrons informés de tout changement éventuel », a déclaré sur X le général Effie Defrin, porte-parole de l’armée israélienne, appelant à ne pas « croire aux rumeurs ».
Israël avait lancé en juin une campagne de bombardements sans précédent contre l’Iran, tuant de hauts gradés et des scientifiques liés au programme nucléaire iranien ainsi que des centaines de civils. L’Iran avait riposté avec des missiles et des drones lancés contre Israël. La guerre avait duré douze jours.
« Lorsqu’un régime ne peut se maintenir au pouvoir que par la violence, il est de facto à bout de souffle. Je pars du principe que nous voyons là les derniers jours et semaines de ce régime », a déclaré le chancelier allemand lors d’un déplacement à Bangalore, dans le sud de l’Inde, dont les propos ont été retransmis par la télévision allemande.
Dans un post sur X, M. Merz a appelé le gouvernement iranien à « protéger son peuple plutôt que de le menacer ». « La violence du régime contre son propre peuple n’est pas une démonstration de force, mais un signe de faiblesse », a-t-il ajouté, disant travailler sur de nouvelles sanctions européennes.
L’Espagne a exprimé son « ferme rejet et [sa] condamnation » de la répression des manifestations à l’ambassadeur iranien à Madrid, a annoncé le ministre des affaires étrangères. « Le droit des hommes et des femmes iraniens à manifester pacifiquement, leur liberté d’expression doivent être respectés » et les « arrestations arbitraires doivent cesser », a affirmé le ministre, José Manuel Albares, à la radio Catalunya.
« Je demande à tous les peuples qui nous entendent de ne pas oublier le peuple iranien », a déclaré le réalisateur iranien Jafar Panahi au micro de France Inter, dénonçant la répression des manifestations dans le pays, qui a fait plus de 600 morts. Le régime iranien « utilise des armes de guerre pour faire un bain de sang », a-t-il lancé, soulignant que « le peuple iranien est sans défense ». « Malgré tout, il est dans les rues et crie », a salué le réalisateur, appelant au soutien de la communauté internationale pour « en finir » avec le pouvoir en place.
« On est au point culminant de révolte », a ajouté le réalisateur, qui a réussi à quitter l’Iran pour la première fois depuis quinze ans en 2025, à l’occasion du Festival de Cannes, où il a remporté la Palme d’or pour Un Simple accident.
« Nous avons toujours pensé qu’il n’y avait pas de gagnant dans une guerre commerciale, et la Chine sauvegardera résolument ses droits et intérêts légitimes », a déclaré une porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois, Mao Ning, au cours d’un point presse régulier. La veille, Donald Trump avait annoncé que les Etats-Unis frapperaient de droits de douane de 25 % tout pays commerçant avec l’Iran, en proie à la contestation.
Interrogée sur la sécurité des Chinois se trouvant en Iran et de touristes chinois se rendant dans le pays, elle a répondu que Pékin suivait « attentivement l’évolution de la situation ». « Nous prendrons toutes les mesures qui s’imposent pour protéger la sécurité des ressortissants chinois », a-t-elle dit.
Dans un message posté sur le site de l’« ambassade virtuelle » des Etats-Unis en Iran, le pays appelle ses ressortissants à quitter l’Iran « immédiatement », prévenant que les manifestations « s’intensifient et pourraient dégénérer en violences, entraînant des arrestations et des blessés ». « Prévoyez un plan pour quitter l’Iran sans compter sur l’aide du gouvernement américain », ajoute-t-il.
« Des mesures de sécurité renforcées, des fermetures de routes, des perturbations des transports publics et des blocages d’Internet sont en cours. Le gouvernement iranien a restreint l’accès aux réseaux mobiles, fixes et Internet nationaux », alertent les Etats-Unis sur ce site destiné à communiquer avec les citoyens américains en Iran en l’absence de liens officiels entre les deux pays. Le message appelle donc les citoyens à « prévoir des moyens de communication alternatifs ».
Comme les compagnies aériennes limitent ou annulent leur vols à destination et en provenance d’Iran, les citoyens américains doivent « envisager de quitter l’Iran par voie terrestre vers l’Arménie ou la Turquie », ajoutent-ils.
Pour les citoyens qui ne pourraient pas partir, les Etats-Unis préconisent de trouver « un endroit sûr dans votre résidence ou dans un autre bâtiment sécurisé » et de faire « des provisions de nourriture, d’eau, de médicaments et d’autres articles essentiels ». Ils appellent aussi à éviter les manifestations et à faire « profil bas ».
Alors que la coupure nationale d’Internet se poursuit depuis plus de cent huit heures en Iran, selon l’ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks, « isolant les Iraniens entre eux et du reste du monde », certains résidents ont tout de même réussi à passer des coups de téléphone à l’international sur leurs téléphones portables, mardi, rapporte l’Associated Press. Des appels impossibles jusqu’alors.
« Plusieurs personnes à Téhéran ont pu appeler l’Associated Press et parler à un journaliste », précise l’agence de presse, soulignant toutefois que « le bureau d’AP à Dubaï, aux Emirats arabes unis, n’a pas réussi à rappeler ces numéros ».
Les Iraniens ont déclaré que les SMS semblaient toujours indisponibles, et qu’Internet restait coupé du reste du monde. Ce black-out, imposé depuis la nuit de jeudi à vendredi sur décision des autorités, entrave toujours la récolte et la vérification d’informations.
Le ministère des affaires étrangères a fait savoir, lundi soir, que le « format de l’ambassade [de France à Téhéran] a été reconfiguré pour la mettre en mesure d’assurer ses missions dans le contexte local ». Selon deux sources anonymes citées par l’Agence France-Presse, le personnel diplomatique non essentiel de l’ambassade a quitté le pays.
« La protection de nos agents comme de nos ressortissants est une priorité », précise le Quai d’Orsay, ajoutant que l’« ambassade est ouverte et fonctionnelle » et que « l’ambassadeur est sur place, avec l’équipe ».
L’ambassadeur français ainsi que ses homologues allemand, italien et américain ont été convoqués lundi par les autorités iraniennes, qui déplorent le soutien exprimé par leurs pays aux manifestants iraniens.
Donald Trump a annoncé lundi sur son réseau Truth Social que tout pays commerçant avec l’Iran serait frappé de droits de douane de 25 % par les Etats-Unis. « Cette décision est définitive » et « prend effet immédiatement », a affirmé le président américain.
A l’appel d’un groupe de soignants franco-iraniens, un collectif de professionnels de santé médicaux et paramédicaux français, alerte, dans une tribune au Monde, sur la répression sanglante en Iran. Quinze jours après le début d’un nouveau soulèvement national, ils demandent aux autorités françaises un soutien urgent au peuple iranien.
Depuis plus de quarante-cinq ans, le régime de la République islamique d’Iran exerce une répression systématique sur la population iranienne. Pourtant, les Iraniennes et les Iraniens n’ont jamais cessé de faire entendre leur voix avec courage. Des manifestations étudiantes de 1999 aux soulèvements de 2009, 2017, 2019, jusqu’au mouvement Femme, vie, liberté né après l’assassinat de Mahsa Amini en 2022, une évidence s’impose : la société iranienne rejette l’autoritarisme religieux de la République islamique, qui opprime, discrimine et nie la dignité humaine.
Le Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a salué, lundi, les rassemblements progouvernementaux organisés par les autorités en réponse à deux semaines de manifestations, affirmant que la participation était un « avertissement » aux Etats-Unis.
« C’était un avertissement aux politiciens américains pour qu’ils cessent leurs manœuvres trompeuses et ne comptent pas sur des mercenaires perfides », a-t-il déclaré, selon la télévision d’Etat iranienne, après que le président américain, Donald Trump, a menacé à plusieurs reprises d’intervenir militairement si Téhéran tuait des manifestants. « Ces rassemblements massifs, empreints de détermination, ont contrecarré le plan des ennemis étrangers », a-t-il déclaré.
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