Une vidéo a montré un homme cagoulé et menotté, sous escorte du FBI, sortant d’un avion à l’aéroport Stewart International, près de New York, où le président vénézuélien devrait être inculpé pour trafic de drogue. Donald Trump affirme que les Etats-Unis vont « diriger » le Venezuela et y installer des compagnies pétrolières américaines.
Les autorités américaines n’ont pas encore annoncé officiellement l’incarcération de Nicolas Maduro dans une prison fédérale de Brooklyn, après son arrivée aux Etats-Unis.
Mais, selon les médias américains, le même cortège de véhicules qui avait conduit le président vénézuélien de l’héliport de New York jusqu’au bureau de l’agence fédérale antidrogue (DEA) a été vu arrivant ensuite au centre de détention.
« Les restrictions initiales concernant l’espace aérien des Caraïbes expirent à minuit heure de l’Est [6 heures à Paris] et les vols peuvent reprendre », a écrit sur X, durant la nuit, le ministre des transports américain, Sean Duffy.
Le régulateur américain de l’aviation (FAA) avait « interdit » samedi aux compagnies aériennes immatriculées aux Etats-Unis d’opérer dans l’ensemble de l’espace aérien des Caraïbes, « en raison des risques sécuritaires (…) liés à l’activité militaire en cours ».
Par Anne Vigna, Anne-Dominique Correa
L’Amérique latine s’est réveillée en état de choc, samedi 3 janvier au matin, avec les images des bombardements américains dans la nuit sur le Venezuela, et l’annonce de la capture du président Nicolas Maduro. « C’est un moment historique, que l’on n’avait pas vu depuis l’enlèvement de l’ex-président [Manuel] Noriega au Panama en 1989 par les Etats-Unis, a réagi Carlos Perez Ricart, professeur en relations internationales au Centre de recherche et d’enseignement économiques, à Mexico. Aussi illégitime et répressif que fut le président Maduro, rien ne peut justifier son enlèvement ni une intervention militaire des Etats-Unis. »
La Colombie a mobilisé, samedi, des chars d’assaut et des soldats pour garder sa frontière avec le Venezuela, après l’intervention militaire américaine à Caracas.
Sur ordre du président colombien Gustavo Petro, des troupes ont convergé vers les principaux points de passage avec le Venezuela, par crainte de migrations de masse ou que des bandes criminelles ne profitent du désordre.
Gustavo Petro a dénoncé l’opération américaine, quand Donald Trump lui a conseillé de « faire gaffe à ses fesses », après avoir affirmé que tout pays produisant de la cocaïne vendue aux Etats-Unis était « susceptible d’être attaqué ».
Samedi, l’Agence France-Presse a vu des militaires en train de monter la garde au niveau des principaux ponts qui relient le département colombien de Norte de Santander à l’Etat vénézuélien de Tachira. Les soldats, droits aux côtés des chars, ont expliqué qu’ils avaient été « retirés » plus tôt de zones où ils luttaient contre les guérillas afin de surveiller la frontière.
Dans la foulée de l’intervention américaine, Bogota a déclenché l’état d’alerte en raison de possibles assauts de groupes armés qui sévissent des deux côtes de la frontière.
La guérilla de l’Armée de libération nationale (ELN) et des dissidents des ex-FARC avaient récemment dénoncé les menaces américaines à l’encontre de Nicolas Maduro. Et ces derniers mois, Donald Trump n’a pas exclu de potentielles attaques terrestres en Colombie au motif de la lutte contre le trafic de drogues.
Samedi, le ministre de la Défense colombien, Pedro Sanchez, a assuré que le narcotrafic était un « ennemi » commun de son pays et des Etats-Unis.
Le gouvernement Petro s’inquiète aussi d’un risque de crise humanitaire, avec des mouvements migratoires d’ampleur. Huit millions de Vénézuéliens ont fui leur pays depuis 2014 selon l’ONU, poussés par un régime sévère et une crise économique chronique. Beaucoup se sont retrouvés en Colombie voisine.
Sur le pont Simon Bolivar dans la municipalité de Villa del Rosario, principal point de passage transfrontalier, le flux de personnes était toutefois inhabituellement faible samedi.
La Maison Blanche a diffusé une vidéo de Nicolas Maduro, menotté et en sandales, escorté par des agents dans les locaux de l’agence fédérale antidrogue (DEA).
« Bonsoir, bonne année », entend-on déclarer le président vénézuélien, qui a ensuite été conduit dans une prison fédérale du quartier de Brooklyn.
La Cour suprême du Venezuela a ordonné à la vice-présidente, Delcy Rodriguez, d’assurer l’intérim du pouvoir, après la capture par les Etats-Unis du président Nicolas Maduro.
La chambre constitutionnelle de la Cour a statué « que Rodriguez assume et exerce en tant que responsable toutes les attributions, devoirs et pouvoirs inhérents à la fonction de présidente de la République bolivarienne du Venezuela afin de garantir la continuité administrative et la défense intégrale de la nation ».
Les juges n’ont pour le moment pas déclaré M. Maduro définitivement absent, ce qui aurait entraîné la convocation d’élections anticipées dans les trente jours.
Delcy Rodriguez a exigé, lors d’une conférence de presse, la libération de Nicolas Maduro, le qualifiant d’« unique président du Venezuela », avant d’assurer que son pays « ne sera la colonie de personne ». Donald Trump avait pourtant affirmé, lors de sa conférence de presse, que Mme Rodriguez avait dit au secrétaire d’Etat américain être prête à coopérer avec les Etats-Unis après l’éviction de Nicolas Maduro.
Après avoir atterri en avion à l’aéroport Stewart International au nord de New York, Nicolas Maduro a été transféré par hélicoptère à Manhattan. Il devait rejoindre des locaux de l’agence antidrogue américaine (DEA) puis une prison de Brooklyn, le Metropolitan Detention Center, selon plusieurs médias américains.
Le président vénézuélien doit comparaître à une date indéterminée devant un juge de New York, pour répondre notamment de trafic de drogue.
« L’illégalité de l’attaque » américaine au Venezuela ne doit pas empêcher que Nicolas Maduro réponde des graves violations des droits humains et des crimes contre l’humanité commis par son gouvernement, a estimé une mission des Nations unies.
Cette mission, mandatée depuis 2019 par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU mais qui ne s’exprime pas au nom de l’organisation, souligne dans un communiqué la nécessité de garantir que le président vénézuélien rende des comptes sur ces violations, dont des exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées et des tortures.
« Le bilan de longue date du gouvernement Maduro en matière de graves violations des droits humains ne saurait justifier une intervention militaire américaine qui enfreint le droit international », a déclaré Alex Neve, un des membres de cette mission internationale. « De même, l’illégalité de l’attaque américaine n’atténue en rien la responsabilité évidente des responsables vénézuéliens, y compris de M. Maduro, pour des années de répression et de violence qui constituent des crimes contre l’humanité. Le peuple vénézuélien exige et mérite des solutions pleinement conformes au droit international », a-t-il ajouté.
« Au vu de l’intervention militaire américaine et de l’arrestation de Nicolas Maduro pour des accusations de “narcoterrorisme contre les Etats-Unis et leurs citoyens”, la mission d’établissement des faits souligne la nécessité de maintenir l’attention sur les graves violations des droits humains et les crimes contre l’humanité qui ont été commis contre la population vénézuélienne », a insisté Marta Valiñas, qui préside cette mission.
« La responsabilité de ces violations ne se limite pas à Nicolas Maduro », a souligné pour sa part Maria Eloisa Quintero, membre de la mission, soulignant que « d’autres personnes ayant exercé un commandement ou une autorité sur les forces de sécurité, ou ayant autrement contribué à ces crimes, doivent également être tenues pour responsables ».
La mission des Nations unies exprime également sa « profonde inquiétude face au risque que de nouvelles et graves violations des droits humains se produisent dans les jours et semaines à venir, dans ce contexte de volatilité accrue ».
Le président vénézuélien, Nicolas Maduro, est arrivé sur le sol américain après sa capture et son exfiltration du Venezuela, peu après 17 heures locales (23 heures à Paris), selon des images de l’Agence France-Presse le montrant sortant d’un avion sous escorte, cagoulé et menotté, à l’aéroport Stewart International, au nord de New York.
Le chef de l’Etat devrait être conduit à New York par hélicoptère, où il est inculpé pour trafic de drogue.
Interrogé par le New York Times, le secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, « a déclaré qu’il réservait son jugement sur les propos de Delcy Rodriguez, dans lesquels elle niait avoir l’intention de travailler avec les Etats-Unis ».
La vice-présidente vénézuélienne a notamment exigé, lors d’une conférence de presse, la libération de Nicolas Maduro, qu’elle a qualifié d’« unique président du Venezuela », avant d’assurer que son pays « ne sera la colonie de personne ». Donald Trump avait pourtant affirmé, lors de sa conférence de presse, que Mme Rodriguez avait dit au secrétaire d’Etat américain être prête à coopérer avec les Etats-Unis après l’éviction de Nicolas Maduro.
« Nous prendrons des décisions en fonction de leurs actions et de leurs actes dans les jours et les semaines à venir », a déclaré le secrétaire d’Etat américain au New York Times, en parlant des responsables du gouvernement intérimaire vénézuélien. « Nous pensons qu’ils auront des occasions uniques et historiques de rendre un grand service au pays, et nous espérons qu’ils les saisiront. »
Le Conseil de sécurité de l’ONU se réunira lundi matin pour discuter de l’opération américaine de capture du président vénézuélien Nicolas Maduro à Caracas, a fait savoir la présidence somalienne du Conseil à l’Agence France-Presse (AFP)
La réunion d’urgence, qui est prévue à 10 heures (16 heures à Paris) a été demandée par le Venezuela, requête relayée par la Colombie qui vient d’entrer au Conseil de sécurité, ont précisé des sources diplomatiques.
Le sénateur Jack Reed, membre de la commission sénatoriale sur les forces armées, s’en est pris, sur le réseau social X, à Donald Trump qui « est parti en guerre contre une nation étrangère, sans autorisation ou notification et sans explication auprès du peuple américain » et affirme que le président américain devra « en subir les conséquences ».
Le leader des Démocrates au Sénat, Chuck Schumer, est allé dans le même sens et a rappelé, lui aussi sur X, que « lancer une action militaire sans autorisation du Congrès et sans plan crédible pour la suite est téméraire ». De son côté, le chef des Démocrates à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, regrette, lui aussi, que le Congrès n’ait pas été informé et exige que « la Chambre et le Sénat soient briefés immédiatement et que des preuves convaincantes pour expliquer et justifier ce recours non autorisé à la force militaire soient présentées immédiatement ».
Comme l’expliquait notre correspondant à New York, Nicolas Chapuis, un peu plus tôt, aux Etats-Unis, le pouvoir de déclarer une guerre revient au Congrès. Le président dispose tout de même du pouvoir d’ordonner des opérations militaires à l’étranger, si celles-ci sont rapides, urgentes et limitées. En cas d’envoi de troupes, il doit informer le Congrès dans les quarante-huit heures, et il ne peut ordonner une opération au-delà de soixante jours sans l’accord des élus.
« Les USA de Trump s’emparent du pétrole du Venezuela en violant sa souveraineté avec une intervention militaire d’un autre âge et l’enlèvement odieux du président Maduro et de son épouse », a dénoncé le chef de file des « insoumis », sur X. Le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, a déclaré que les Etats-Unis « renou[ai]ent avec les coups d’Etat et la guerre ».
Le premier secrétaire du Parti socialiste, a, quant à lui, affirmé sur X : « Quoi que l’on pense de Maduro, cet acte doit être unanimement condamné. » Jugeant que « la force ne peut remplacer le droit », il s’est inquiété d’« un feu vert donné à tous les autocrates du monde ».
« Pas une larme pour le dictateur ploutocrate Maduro, mais il faut avoir conscience que nous entrons dans un monde sans droit international où prévaut la loi du plus fort », s’est inquiété l’eurodéputé social-démocrate.
Silencieux jusqu’en début de soirée, le chef de l’Etat a écrit sur X que « le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolas Maduro et ne peut que s’en réjouir » lui qui « a porté une atteinte grave à la dignité de son propre peuple ». Il appelle à une « transition à venir pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien. Nous souhaitons que le président Edmundo Gonzalez Urrutia, élu en 2024, puisse assurer au plus vite cette transition », sans évoquer l’opération américaine. Plus tôt, le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, avait affirmé que l’opération américaine « contrevient au principe de non-recours à la force qui fonde le droit international » et qu’« aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l’extérieur ».
L’ancien premier ministre a fait savoir que l’attaque américaine « confirm[ait] que l’usage décomplexé, unilatéral de la force devient dangereusement le mode privilégié d’action internationale, y compris de la part de démocraties alliées ».
La cheffe du Rassemblement National a jugé qu’il y avait « mille raisons de condamner le régime de Nicolas Maduro : communiste, oligarchique et autoritaire », mais que « la souveraineté des Etats n’[était] jamais négociable ». « Renoncer à ce principe aujourd’hui pour le Venezuela, pour n’importe quel Etat, reviendrait à accepter demain notre propre servitude », a-t-elle ajouté, appelant à « rendre la parole » aux Vénézuéliens.
Le premier ministre britannique, Keir Starmer, a déclaré que le Royaume-Uni « a toujours soutenu une transition du pouvoir au Venezuela », a toujours « considéré Maduro comme un président illégitime et nous ne verserons pas une larme sur la fin de son régime ».
M. Starmer déclaré également, dans ce message publié sur X, avoir « réaffirmé ce matin [son] soutien au droit international » et assure que « le gouvernement britannique discutera de l’évolution de la situation avec ses homologues américains dans les prochains jours, afin de parvenir à une transition sûre et pacifique vers un gouvernement légitime qui reflète la volonté du peuple vénézuélien ».
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