Donald Trump a bombardé le Venezuela dans la nuit de vendredi à samedi, tout en enlevant le président vénézuélien. En début d’après-midi, Nicolas Maduro et son épouse ont été « inculpés dans le district sud de New York », a affirmé la procureure générale des Etats-Unis.
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a réagi aux bombardements américains sur Caracas tôt dans la matinée et la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro annoncée par Donald Trump. Dans un message sur X, il affirme que : « Les bombardements sur le territoire vénézuélien et la capture de son président franchissent une ligne inacceptable. Ces actes constituent une atteinte extrêmement grave à la souveraineté du Venezuela et établissent un précédent extrêmement dangereux pour l’ensemble de la communauté internationale.
Attaquer des pays, en violation flagrante du droit international, est le premier pas vers un monde de violence, de chaos et d’instabilité, où la loi du plus fort l’emporte sur le multilatéralisme ».
Il dresse un parallèle avec les interventions passées des Etats-Unis dans la région. « Cette action rappelle les pires moments de l’ingérence dans la politique de l’Amérique latine et des Caraïbes et menace la préservation de la région en tant que zone de paix. La communauté internationale, par l’intermédiaire de l’Organisation des Nations unies, doit répondre avec vigueur à cet épisode. Le Brésil condamne ces actions et demeure disposé à promouvoir la voie du dialogue et de la coopération. »
Le Mexique a condamné samedi les bombardements des Etats-Unis sur le Venezuela. Dans un message publié sur X, la présidente Claudia Sheinbaum Pardo renvoie à l’article 2, paragraphe 4 de la Charte des Nations unies : « Les membres de l’organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout Etat, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations unies. »
Elle mentionne aussi le communiqué du ministère des affaires étrangères mexicain : « Le gouvernement du Mexique condamne et rejette avec la plus grande fermeté les actions militaires exécutées unilatéralement ces dernières heures par les forces armées des Etats-Unis d’Amérique contre des objectifs situés sur le territoire de la République bolivarienne du Venezuela. »
Après l’intervention américaine à Caracas, Tarek William Saab, le procureur général du Venezuela a affirmé que « des victimes innocentes ont été mortellement blessées lors de cette attaque terroriste, lâchement perpétrée de nuit ».
Dans sa déclaration, il a exigé une preuve de vie pour Nicolas Maduro et a affirmé tenir le gouvernement des Etats-Unis pour responsable de tout ce qui pourrait arriver au dirigeant vénézuélien.
La procureure générale des Etats-Unis, Pamela Bondi, annonce sur X que Nicolas Maduro et son épouse, Cilia Flores, ont été « inculpés dans le district sud de New York ». Le dirigeant vénézuélien devra répondre aux Etats-Unis d’accusations liées à la drogue et au terrorisme, déclare-t-elle, énumérant les motifs d’inculpation : « complot en vue de commettre des actes de narcoterrorisme », « complot en vue d’importer de la cocaïne », « possession d’armes automatiques et d’engins destructeurs », « complot en vue de posséder des armes automatiques et des engins destructeurs contre les Etats-Unis ».
Le couple, qu’elle qualifie de « trafiquants de drogue internationaux présumés », devra « bientôt faire face à toute la rigueur de la justice américaine sur le sol américain, devant les tribunaux américains », insiste-t-elle.
Le seul élément dont nous disposons à ce stade à propos d’une opération terrestre est le message, relayé plus tôt dans ce direct, du sénateur républicain de l’Utah, Mike Lee, qui a publié un compte-rendu de son échange avec le secrétaire d’Etat Marco Rubio : « Il m’a informé que Nicolas Maduro a été arrêté (…) afin d’être jugé aux Etats-Unis (…) et que l’action cinétique [les frappes] que nous avons vue ce soir a été déployée pour protéger et défendre ceux qui exécutaient le mandat d’arrêt. »
Cette « exécution du mandat d’arrêt » a logiquement, comme vous le relevez, dû être réalisée par des soldats ou des agents américains sur le sol vénézuélien. Nous ne disposons pas de preuves visuelles – les seules images de Nicolas Maduro qui circulent actuellement sur les réseaux sociaux ont été réalisées par intelligence artificielle.
Sur les moyens du président vénézuélien de se défendre, un commentaire intéressant ce matin est venu de l’ancien homme politique ukrainien Oleg Tsarev, désormais installé à Moscou et partisan de l’invasion de l’Ukraine. M. Tsarev a réagi aux images de l’attaque par des hélicoptères américains d’une installation de l’armée vénézuélienne sur Telegram : « Une vidéo montre l’attaque d’un AH-1Z Viper américain à une distance extrêmement courte, ce qui, en soi, indique l’absence de facto d’une défense antiaérienne opérationnelle dans la zone de la cible.
Entre 2005 et 2008, le Venezuela a acheté à la Russie des armes pour un montant d’environ 4 milliards de dollars : des Su-30, des hélicoptères d’attaque et de transport, des armes légères et des Manpads, le tout payé en pétrole.
En 2009, Moscou a accordé un crédit supplémentaire de 2,2 milliards de dollars, grâce auquel Caracas a commandé des canons automoteurs, des lance-roquettes multiples, des véhicules de combat d’infanterie, des transports de troupes blindés, des systèmes de défense aérienne Buk-M2, plusieurs divisions de S-300VM, ainsi qu’un lot de chars T-72. Où est passé tout cela ? »
Les Etats-Unis, qui ont annoncé samedi 3 janvier avoir lancé une attaque de grande envergure contre le Venezuela, ont une longue histoire d’interventions militaires et de soutien à des dictatures en Amérique latine. A plusieurs reprises, le défunt président vénézuélien Hugo Chavez, puis son successeur, Nicolas Maduro, ont accusé Washington de soutenir des tentatives de coup d’Etat, dont celle qui a écarté M. Chavez du pouvoir pendant deux jours en 2002.
Le 27 juin 1954, le colonel Jacobo Arbenz Guzman, président du Guatemala, est chassé du pouvoir par des mercenaires entraînés et financés par Washington, après une réforme agraire menaçant les intérêts de la puissante société américaine United Fruit Corporation (future Chiquita Brands). Les Etats-Unis ont inclus en 2003 dans leur histoire officielle le rôle de la CIA dans ce coup d’Etat, au nom de la lutte contre le communisme.
Du 15 au 19 avril 1961, 1 400 anticastristes entraînés et financés par la CIA tentent de débarquer dans la baie des Cochons, à 250 kilomètres de La Havane, sans réussir à renverser le régime communiste de Fidel Castro. Les combats font une centaine de morts dans chaque camp.
En 1965, au nom du danger communiste, les Etats-Unis envoient des marines et des parachutistes à Saint-Domingue pour étouffer un soulèvement en faveur de Juan Bosch, président de gauche renversé par des généraux en 1963.
Washington a soutenu plusieurs dictatures militaires, considérées comme un rempart face à des mouvements de gauche. Ils ont activement aidé le dictateur chilien Augusto Pinochet lors du coup d’Etat du 11 septembre 1973 contre le président de gauche Salvador Allende.
Le secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger a soutenu la junte argentine en 1976, l’encourageant à terminer rapidement sa « sale guerre », selon des documents américains déclassifiés en 2003. Au moins 10 000 opposants argentins ont disparu.
Dans les années 1970-1980, six dictatures (Argentine, Chili, Uruguay, Paraguay, Bolivie et Brésil) se sont alliées pour éliminer des opposants de gauche dans le cadre de l’opération « Condor », avec un soutien tacite américain.
En 1979, la rébellion sandiniste au Nicaragua renverse le dictateur Anastasio Somoza au Nicaragua. Le président américain, Ronald Reagan, inquiet de l’alignement de Managua sur Cuba et l’URSS, autorise secrètement la CIA à apporter une aide de 20 millions de dollars aux Contras, les contre-révolutionnaires nicaraguayens, financée partiellement par la vente illégale d’armes à l’Iran. La guerre civile nicaraguayenne, terminée en avril 1990, fera 50 000 morts.
Ronald Reagan a également envoyé des conseillers militaires au Salvador pour étouffer la rébellion du Front Farabundo Marti pour la libération nationale (FMLN, extrême gauche) dans le cadre d’une guerre civile (1980-1992) qui a fait 72 000 morts.
Le 25 octobre 1983, des marines et des rangers interviennent sur l’île de Grenade après l’assassinat du premier ministre, Maurice Bishop, par une junte d’extrême gauche et alors que les Cubains agrandissent l’aéroport, pour y accueillir sans doute des avions militaires. Ronald Reagan lance, à la demande de l’Organisation des Etats de la Caraïbe orientale (OECS), l’opération « Urgent Fury » pour protéger un millier de citoyens américains. L’opération, réussie selon Reagan et largement déplorée par l’Assemblée générale de l’ONU, se termine le 3 novembre, avec plus d’une centaine de morts.
En 1989, après une élection contestée, le président George Bush décide d’une intervention militaire au Panama, aboutissant à la reddition du général Manuel Noriega, ancien collaborateur des services secrets américains, poursuivi par la justice américaine. Quelque 27 000 soldats participent à l’opération « Just Cause », qui a fait officiellement 500 morts – mais plusieurs milliers selon des ONG. Manuel Noriega sera emprisonné plus de deux décennies aux Etats-Unis pour trafic de drogue, avant de purger d’autres peines en France puis au Panama.
C’est au Panama qu’avait été fondée en 1946 l’Ecole des Amériques, centre de formation militaire spécialisé dans le combat contre le communisme, contrôlé jusqu’en 1984 par les Etats-Unis, où ont été formés nombre de dictateurs.
Le président vénézuélien, Nicolas Maduro, a été « capturé » dans le cadre d’une « opération [de l’armée américaine] menée conjointement avec nos forces de sécurités intérieures », a annoncé Donald Trump.
Dans un communiqué du 26 mars 2020, le ministère de la justice américain annonçait que « Nicolas Maduro Moros et 14 hauts responsables vénézuéliens [avaient] été mis en accusation » pour narcoterrorisme, corruption, trafic de drogue et autres infractions pénales.
Le même jour, le bureau du procureur des Etats-Unis de Manhattan, du district sud de New York, avait publié un communiqué détaillant les charges contre Nicolas Maduro (narcoterrorisme, trafic de drogue et complots criminels). De son côté, le département d’Etat américain a émis, le 7 août 2025, une offre de récompense pouvant atteindre 50 millions de dollars pour des informations menant à l’arrestation ou à la condamnation de Maduro.
L’intervention américaine a suscité des interrogations dans le camp républicain. Dans un post sur le réseau social X, le sénateur républicain de l’Utah, Mike Lee, s’est interrogé sur sa légalité : « J’ai hâte d’apprendre ce qui pourrait, le cas échéant, justifier constitutionnellement cette action en l’absence d’une déclaration de guerre ou d’une autorisation du recours à la force militaire. »
Dans un second temps, il dit s’être entretenu avec le secrétaire d’Etat, Marco Rubio : « Il m’a informé que Nicolas Maduro a été arrêté (…) afin d’être jugé aux Etats-Unis (…) et que l’action cinétique [les frappes] que nous avons vue ce soir a été déployée pour protéger et défendre ceux qui exécutaient le mandat d’arrêt. Cette action relève probablement de l’autorité inhérente du président en vertu de l’article II de la Constitution, afin de protéger le personnel américain contre une attaque réelle ou imminente. »
Démocratie. Washington, comme une partie de la communauté internationale, ne reconnaît pas au socialiste Nicolas Maduro une légitimité à présider le pays. Après la violente répression de manifestations au lendemain de sa première élection en 2013, les Etats-Unis ont sanctionné plusieurs hauts responsables du pays. Ils ont qualifié d’« illégitime » sa réélection de 2018, puis celle de 2024. Entre 2019 et 2023, Washington, suivi par une soixantaine de pays, a même reconnu l’opposant Juan Guaido comme « président par intérim », déclenchant la rupture par Caracas des relations diplomatiques.
Embargo américain sur le pétrole. Dans l’objectif d’asphyxier économiquement le pays et d’évincer Nicolas Maduro du pouvoir, Washington a imposé en 2019 un embargo sur le pétrole vénézuélien, qui a frappé le pilier de la fragile économie vénézuélienne. Ces dernières semaines, Washington a annoncé un « blocus total » contre les « pétroliers sous sanctions » se rendant au Venezuela ou le quittant et a saisi plusieurs navires.
Accusations de narcotrafic. En mars 2020, Nicolas Maduro a été inculpé aux Etats-Unis pour « narcoterrorisme », et Washington a offert 15 millions de dollars pour toute information qui permettrait de l’arrêter. Cette prime a été relevée à 25 millions par Washington début 2025 puis à 50 millions en août, avant que les Etats-Unis déploient un important dispositif militaire en mer des Caraïbes et lancent des frappes contre des narcotrafiquants présumés. Washington accuse Nicolas Maduro de diriger le « cartel des Soleils », dont l’existence reste à démontrer. Maduro nie et accuse Washington de vouloir s’emparer du pétrole vénézuélien.
Migrants. Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l’immigration une priorité de son second mandat, reproche à Caracas l’arrivée d’un grand nombre de migrants vénézuéliens. Il accuse le pays d’avoir « poussé » vers les Etats-Unis « des centaines de milliers de personnes issues des prisons » ainsi que des « internés des hôpitaux psychiatriques ». Le président américain a retiré le statut de protection temporaire dont bénéficiaient des centaines de milliers de Vénézuéliens en raison de la crise dans leur pays, et en a expulsé cette année plusieurs milliers.
Accusations d’ingérence. Le Venezuela a plusieurs fois accusé les Etats-Unis d’ingérence. En 2019, après une tentative d’insurrection de militaires, Nicolas Maduro a ainsi affirmé que Washington avait ordonné « un coup d’Etat fasciste ». L’année suivante, le président vénézuélien a accusé son homologue américain d’avoir « dirigé directement » une tentative d’« incursion armée » par la mer. « Non aux coups d’Etat fomentés par la CIA », a lancé Nicolas Maduro en octobre, après que Donald Trump a dit avoir autorisé des actions clandestines de l’agence de renseignement contre le Venezuela.
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