La mission iranienne à l’ONU a accusé Washington de chercher « un prétexte à une intervention militaire ». Les propos de Donald Trump faisaient suite aux annonces du parquet iranien qui a affirmé, mardi, que certaines des personnes arrêtées lors des manifestations seraient passibles de la peine de mort.

Tôt mercredi matin sur X, Reza Pahlavi, le fils en exil de l’ancien chah, adresse « un message spécial aux membres de l’armée. Vous êtes l’armée nationale d’Iran, pas l’armée de la République islamique. Vous avez le devoir de protéger les vies de nos compatriotes. Il ne vous reste pas beaucoup de temps. Joignez-vous à eux dès sans tarder ».

Dans ce même message adressé plus largement à ses compatriotes, Reza Pahlavi reprend les propos de Donald Trump, assurant que « l’aide est en route ». « Le monde n’a pas seulement vu et entendu votre voix et votre courage, maintenant il répond », dit-il encore, appelant les manifestants à « continuer le combat ».

La mission iranienne à l’ONU a accusé, mardi sur X, Washington de chercher un « prétexte » pour intervenir militairement en Iran.

« Les fantasmes et la politique des Etats-Unis à l’égard de l’Iran sont fondés sur un changement de régime, avec des sanctions, des menaces, des troubles orchestrés et le chaos servant de modus operandi pour fabriquer un prétexte à une intervention militaire », a écrit la mission iranienne sur X.

« Ce scénario a déjà échoué par le passé (…) et il est certain que ce scénario échouera à nouveau », met en garde le communiqué.

Le message est accompagné d’une lettre de protestation adressée aux dirigeants de l’ONU, évoquant notamment « la guerre de douze jours » menée par Israël contre l’Iran, avec le renfort des Etats-Unis. L’ambassadeur iranien auprès de l’ONU, Amir Saeid Iravani, estime que les déclarations du président américain doivent être comprises dans le contexte de « l’échec » de cette guerre.

Revenant sur les propos de Donald Trump appelant les Iraniens « à continuer de manifester » et « à prendre le contrôle des institutions », il l’accuse d’« encourager la déstabilisation politique » et d’« inciter à la violence », « en violation aux principes fondamentaux de la Charte des Nations unies ».

La mission iranienne demande notamment au secrétaire général de l’ONU « de condamner toutes les formes d’incitation à la violence, les menaces de recours à la force et les ingérences américaines dans les affaires iraniennes ».

« Je retourne à la Maison Blanche, nous allons regarder la situation en Iran », a lancé Donald Trump mardi en fin d’après-midi pendant un échange avec la presse sur le tarmac, à son retour sur la base militaire Andrews, près de Washington.

« Nous allons avoir des chiffres précis en lien avec les tueries [de manifestants] », a-t-il ajouté, parlant d’un nombre « significatif » de morts.

Le président américain, Donald Trump, a assuré que les Etats-Unis agiraient « de manière très forte » si les autorités iraniennes commençaient à exécuter des personnes arrêtées lors des manifestations qui secouent le pays.

« Nous agirons de manière très forte s’ils font une chose pareille », a affirmé Donald Trump, interrogé par un journaliste de la chaîne CBS sur de potentielles exécutions par pendaison dès mercredi.

IHR « continue de recevoir des rapports faisant état de milliers de morts dans différentes villes et provinces d’Iran », précise l’organisation, après plus de deux semaines de manifestations.

Le parquet iranien a annoncé, mardi, que certaines des personnes arrêtées lors des manifestations s’exposaient à des peines passibles de la peine de mort, sur fond d’inquiétudes sur l’intensification de la répression en Iran.

Le bureau des procureurs de Téhéran a déclaré qu’un nombre indéterminé de manifestants serait poursuivi pour « moharebeh » (guerre contre Dieu, en persan), un des chefs d’accusation les plus graves en Iran et passible de la peine de mort, selon un communiqué cité par la télévision d’Etat. Ces « émeutiers » seront « bientôt présentés à la justice », selon la même source.

L’Iran est deuxième au classement mondial en nombre d’exécutions après la Chine, selon des ONG : en 2025, le pays a exécuté au moins 1 500 condamnés à mort, dénombre l’organisation Iran Human Rights (IHR). Douze personnes avaient été exécutées lors de la dernière grande vague de manifestations entre 2022 et 2023, d’après cette ONG basée en Norvège. Et douze autres ont été exécutées pour espionnage au profit d’Israël, depuis la guerre de juin entre les deux pays ennemis.

Il est « extrêmement préoccupant de voir des déclarations publiques de certains responsables judiciaires évoquant la possibilité de recourir à la peine de mort contre des manifestants à l’issue de procédures judiciaires expéditives », a affirmé, mardi, le haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Volker Türk. L’IHR a, quant à elle, dit craindre que la théocratie chiite « cherche à organiser des procès rapides sans respecter les garanties d’un procès équitable pour les manifestants détenus ».

L’ONG a notamment cité le cas d’Erfan Soltani, 26 ans, arrêté samedi 10 janvier dans la ville de Karaj, près de Téhéran, et qui, selon sa famille, a déjà été condamné à mort et pourrait être exécuté dès mercredi. Les accusations retenues contre lui ne sont pas connues et l’affaire n’a pas été relayée par les médias d’Etat en Iran.

Les partenaires commerciaux de l’Iran sont nombreux. Parmi les principaux, on retrouve la Chine, les Emirats arabes unis, la Turquie, la Russie, l’Irak mais aussi l’Allemagne, l’Inde, la Thaïlande, le Sri Lanka, le Japon et les Philippines.

Selon les données de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), plus d’un quart des échanges commerciaux de l’Iran ont été réalisés en 2024 avec la Chine, pour 18 milliards de dollars d’importations et 14,5 milliards de dollars d’exportations.

Les hydrocarbures et les composés chimiques (alcools industriels, plastiques) représentaient la majeure partie des exportations iraniennes vers la Chine. L’Iran, de son côté, a importé de Chine des machines industrielles, des équipements électroniques, des voitures et des métaux.

Selon la Banque mondiale, les exportations iraniennes vers les Emirats arabes unis s’élevaient à 6 milliards de dollars en 2022, tandis que les importations atteignaient 18 milliards de dollars. Selon les données de l’OMC, les Emirats arabes unis vendent à l’Iran de l’or, des smartphones et du maïs en échange d’hydrocarbures principalement.

Les importations turques en provenance d’Iran ont légèrement dépassé les 6 milliards de dollars en 2022, tandis que les exportations ont atteint 5,8 milliards de dollars la même année, selon les données de la Banque mondiale.

Les exportations iraniennes vers l’Irak ont représenté 7,35 milliards de dollars en 2022, tandis que les importations en provenance d’Irak ont atteint 456 millions de dollars, selon la Banque mondiale.

Selon le ministère du commerce indien, les échanges commerciaux avec l’Iran sont passés de 17,03 milliards de dollars en 2018-2019 à 1,68 milliard de dollars en 2024-2025. L’Inde exporte vers l’Iran principalement du riz basmati, du sucre, des fruits frais et des produits pharmaceutiques et importe des pistaches, des pommes, des kiwis et des dattes.

Les exportations allemandes vers l’Iran se sont élevées à 870,5 millions d’euros (1 milliard de dollars) entre janvier et novembre 2025, selon l’office fédéral des statistiques de l’Allemagne, Destatis. Les importations en provenance d’Iran ont atteint 217 millions d’euros au cours de cette période.

Le ministère des affaires étrangères allemand a appelé Téhéran « à mettre fin à la violence contre ses citoyens et à respecter leurs droits ». « Les agissements brutaux du régime iranien contre sa propre population sont choquants », a ajouté le ministère dans un message posté sur X.

La France a « toujours un éminent devoir de protection de la communauté française présente en Iran », a souligné le premier ministre devant l’Assemblée nationale. Il a ajouté : « La question de Mme Kohler et de M. Paris, qui sont encore actuellement à l’ambassade, et dont vous savez très bien que la situation reste plus que fragile et préoccupante. » « Parler de silence est excessif », a-t-il complété en réponse au chef de file des députés UDR, Eric Ciotti, allié du Rassemblement national.

« La République française se tient derrière le peuple iranien » et le « combat que mène le peuple iranien pour sa liberté, le respect de ses droits fondamentaux et les aspirations bien naturelles à vivre dans un autre régime politique mérite d’être non seulement salué mais soutenu unanimement », a appuyé le chef du gouvernement.

Le ministère des affaires étrangères danois a annoncé avoir convoqué le chargé d’affaires d’Iran, l’ambassadeur étant actuellement absent, « afin d’exprimer la condamnation par le gouvernement de l’usage de la violence par le régime iranien contre les manifestants ».

Le ministère danois a déclaré dans un communiqué qu’il a également exhorté « l’Iran à respecter ses obligations internationales, y compris le droit à la liberté d’expression, d’association et de réunion ». « Cela vaut également pour la garantie d’un accès libre et sans entrave à Internet », a-t-il ajouté.

« Patriotes iraniens, CONTINUEZ À MANIFESTER. PRENEZ LE CONTROLE DE VOS INSTITUTIONS ! ! ! », a écrit Donald Trump, précisant qu’il avait « annulé toutes les réunions avec des responsables iraniens tant que les meurtres insensés de manifestants ne s’arrêt[ai]ent pas ».

Le Royaume-Uni a convoqué l’ambassadeur d’Iran à Londres pour dénoncer la « répression la plus brutale et la plus sanglante contre des manifestations » depuis des années, a annoncé, mardi, la cheffe de la diplomatie britannique, Yvette Cooper, devant les députés britanniques.

« Sur mes instructions, le secrétaire d’Etat chargé du Moyen-Orient a convoqué l’ambassadeur d’Iran pour souligner la gravité du moment, et exiger de l’Iran qu’il réponde aux rapports horribles que nous recevons », et qui font état de « milliers de morts », a-t-elle rapporté.

La France a convoqué, mardi, l’ambassadeur iranien à Paris pour dénoncer la « violence d’Etat qui s’est abattue aveuglément sur les manifestants pacifiques », a annoncé le ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, lors des questions aux gouvernements devant les députés.

Pour Jean-Noël Barrot, la répression des manifestations qui agitent l’Iran depuis le 28 décembre 2025 est « intolérable, insupportable et inhumaine ». « Cette condamnation, je l’ai signifié au ministre des affaires étrangères de l’Iran et elle sera réitérée à l’ambassadeur d’Iran en France que j’ai convoqué aujourd’hui au Quai d’Orsay », a déclaré le chef de la diplomatie.

« Nous ne nous arrêterons pas là : il ne saurait y avoir aucune impunité pour ceux qui tournent leurs fusils contre des manifestants pacifiques », a affirmé le chef de la diplomatie française, évoquant les sanctions « rapides » contre Téhéran promises par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Plusieurs pays européens, notamment l’Espagne, les Pays-Bas, la Finlande, le Portugal ou la Belgique, ont également annoncé ces dernières heures la convocation à leur ministère des affaires étrangères du représentant de la République islamique dans leur pays. Mme von der Leyen « va proposer un certain nombre de désignations nouvelles ciblant les auteurs qui ont tourné leurs armes contre des civils innocents », a rappelé M. Barrot.

Le gouvernement irlandais a annoncé mardi avoir décidé de reporter la cérémonie de présentation des lettres de créance du nouvel ambassadeur d’Iran à Dublin.

Cette décision « a été prise à la lumière des manifestations en Iran ces derniers jours qui ont entraîné un très grand nombre de tués ou de blessés ainsi qu’une coupure des communications », a déclaré un porte-parole du ministère des affaires étrangères irlandais dans un communiqué transmis à l’Agence France-Presse.

Eshaq Al-Habib a été nommé par le ministère des affaires étrangères iranien fin 2025. Il devait prendre officiellement ses fonctions à l’issue de la cérémonie prévue mardi à la résidence de la présidente irlandaise, Catherine Connolly. L’ancien ambassadeur d’Iran en Irlande, Masoud Eslami, occupait ce poste entre 2018 et 2024, depuis lors laissé vacant.

Le premier ministre irlandais, Micheal Martin, a appelé, mardi, « à la fin de la répression en Iran ». « Il faut une gouvernance différente en Iran, davantage de libertés pour la population, le droit de se réunir librement, le droit à la liberté d’expression et un système de gouvernance plus démocratique », a-t-il déclaré devant des journalistes à Dublin.

Le ministre des affaires étrangères portugais, Paulo Rangel, a convoqué le représentant de la diplomatie iranienne « pour lui transmettre de vive voix la condamnation véhémente, déjà réitérée ces derniers jours, de la répression violente des manifestations » des derniers jours contre le régime de Téhéran.

« Par ailleurs, dans un cadre de concertation européenne, le Portugal est prêt à renforcer les sanctions contre l’Iran », a précisé le ministère des affaires étrangères sur son compte X. Lisbonne a ainsi appelé « à ce que soient respectés les droits des citoyennes et des citoyens iraniens ».

« Il me semble moralement impératif pour le président Emmanuel Macron, et les dirigeants occidentaux, de se placer du bon côté de l’Histoire », a martelé cet opposant qui vit en exil depuis la révolution islamique de 1979 qui a renversé son père, mettant en garde contre un « énième arrangement avec un régime au bord de l’effondrement ».

Le président français a d’abord condamné « fermement », vendredi 9 janvier, « le meurtre de manifestants », dans une déclaration avec le chancelier allemand, Friedrich Merz, et le premier ministre britannique, Keir Starmer. Les trois dirigeants ont appelé Téhéran à la « retenue ».

Lundi soir, sur X, il a de nouveau condamné « la violence d’Etat qui frappe aveuglément » les manifestants et s’est dit « aux côtés » des défenseurs des « libertés fondamentales » − alors que de premières critiques commençaient à émerger sur la position française.

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