Le chef de l’Etat a invoqué un « rejet politique unanime » pour se positionner contre ce texte, défendu par l’UE mais décrié par les agriculteurs qui ont manifesté ce jeudi. Le ministre de l’intérieur a fait état de 67 actions dans 39 départements, mobilisant 2 200 manifestants et 625 tracteurs.
Emmanuel Macron a annoncé jeudi dans un communiqué que la France voterait « contre la signature de l’accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur ». Malgré des « avancées incontestables » dont « il faut donner acte à la Commission européenne », « le constat doit être dressé d’un rejet politique unanime de l’accord, comme l’ont clairement montré les récents débats à l’Assemblée nationale et au Sénat » en France, a déclaré le chef de l’Etat.
« L’étape de la signature de l’accord ne constitue pas la fin de l’histoire. Je continuerai de me battre pour la pleine mise en oeuvre concrète des engagements obtenus de la Commission européenne et pour protéger nos agriculteurs », a-t-il assuré.
Une « centaine de tracteurs » ont pu atteindre la capitale jeudi, a indiqué le ministre de l’intérieur, Laurent Nunez, lors d’une conférence de presse en fin d’après-midi, qui a confirmé le chiffre précédemment donné par la préfecture de police de 11 interpellations effectuées et de 65 verbalisations notifiées au cours de la journée en Ile-de-France.
« Cette manifestation n’était pas déclarée, elle était donc illégale. (…) Je le regrette », a-t-il souligné. Il a expliqué que cette mobilisation avait été possible par le fait que les tracteurs sont arrivés dans la capitale de façon « perlée », en « contournant » voire en « forçant » le dispositif de contrôle.
« Le préfet de police est en lien avec le président de la Coordination rurale [concernant] le dispositif de sortie de la manifestation », a-t-il ajouté.
Le président de la Coordination rurale (CR), Bertrand Venteau, a appelé le ministère de l’intérieur à « enlever les amendes, [à] lever les gardes à vue et [à] libérer » les tracteurs mis en fourrière pour que ses troupes, mobilisées depuis l’aube en région parisienne, puissent « rentrer se reposer ».
« Je n’ai vu aucune déclaration comme quoi les paysans étaient essentiels pour la France, c’est une honte », a déclaré M. Venteau, juché sur un tracteur à la sortie de son rendez-vous avec la présidente de l’Assemblée nationale. « Le combat sera dur et long », a-t-il ajouté, en précisant que ses troupes étaient prêtes à « revenir ». Longuement applaudi par les membres de la CR, M. Venteau a dit ne pas savoir ce qui allait « sortir et quelles seront les annonces » du gouvernement pour calmer la colère de ses adhérents.
Un porte-parole du deuxième syndicat agricole a déclaré à l’AFP que l’objectif « militant » était rempli : « On voulait défiler dans Paris, on a défilé. On voulait rencontrer tous les horizons politiques, on a vu des élus de LFI au RN. On voulait parler aux présidents [du Sénat et de l’Assemblée], c’est fait », a-t-il énuméré. Prévenant que la mobilisation continuerait, il a toutefois affirmé que la CR ne souhaitait pas faire prendre de risques aux agriculteurs mobilisés, face à la fatigue accumulée et aux « risques de garde à vue ».
La Coordination rurale (CR), reçue par la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a exigé un « moratoire » sur les contrôles jusqu’à la présidentielle, une mesure « facile » à prendre dans l’immédiat, selon Bertrand Venteau, le président de la CR, avant le rendez-vous, qui a débuté à 15 h 45. Cette première condition pour lever le camp est « entre les mains du premier ministre et de la ministre de l’agriculture », a-t-il ajouté.
« Il faut que la ministre de l’agriculture annonce quelque chose qui a du sens. Il y a quelque chose qui coûte pas grand-chose, c’est de faire un moratoire sur les contrôles. C’est pas compliqué de dire que jusqu’à la prochaine présidentielle personne ne viendra embêter les paysans dans leur ferme et que l’administration sera à leur service. C’est déjà un signe de changement de cap », estime-t-il. Il souhaite aussi la suppression des agences environnementales, ainsi que la fin de l’abattage total des troupeaux bovins infectés par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), stratégie qui a ravivé début décembre la colère des agriculteurs.
« Les conditions n’étaient plus tenables depuis déjà des semaines », a déclaré le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, à l’issue de sa rencontre avec Gérard Larcher, le président du Sénat, puis avec Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée nationale. « Nous avons besoin d’annonces rapides », a-t-il ajouté.
« Les agriculteurs ne croient plus dans la parole publique, ils veulent voir des résultats tangibles et concrets », a-t-il insisté, disant avoir discuté avec Mme Braun-Pivet de son ambition de faire discuter un texte par les Parlementaires sur des « mesures très attendues », notamment sur la prédation, la question de l’eau, la transformation. Interrogé sur le calendrier potentiel d’une telle loi agricole, M. Rousseau a déclaré n’avoir pas reçu de réponse claire. « On ne peut pas attendre », a-t-il toutefois martelé, appelant à trouver un créneau « d’ici mars-avril ».
La colère qui s’exprime dans les blocages, à Paris mais aussi dans 40 départements à travers la France, « est parfaitement légitime et nécessite que les gens qui exercent le pouvoir apportent des réponses », a-t-il ajouté. M. Rousseau a dénoncé le manque de « vision » des agriculteurs, tant au niveau économique que sur les normes européennes en attendant le vote sur l’accord avec le Mercosur.
Alors que des manifestants sont reçus en ce moment par la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, le ministère de l’intérieur a fait état, dans son dernier décompte, de la présence de 109 tracteurs en région parisienne, dont 46 à Paris et 63 bloqués en périphérie. Quelque 670 manifestants ont aussi été dénombrés par le ministère, qui doit s’exprimer au sujet de cette mobilisation lors d’une conférence de presse prévue à 18 heures.
Des agriculteurs ont levé jeudi à la mi-journée le blocage des accès à la ville de Rodez, organisé dans la matinée en réaction au placement en garde à vue du président de la Coordination rurale d’Occitanie (CR). Ce dernier, Eloi Nespoulous, est « sorti de garde à vue vers 12 heures sans poursuites judiciaires », a annoncé à l’Agence France-Presse Audrey Gaffard, l’une des responsables de la CR de l’Aveyron, qu’il préside également.
« On a levé les blocages, c’était le deal », a affirmé Mathieu Galliou, coprésident de la CR du département. Les services du département ont confirmé la « fin des déviations » et un retour à des « conditions de circulation normales ».
La Confédération paysanne de l’Aveyron avait également apporté son soutien aux agriculteurs de la CR placés en garde à vue, dénonçant « avec la plus grande fermeté ces méthodes de répression, qu’elle subit depuis des décennies et contre lesquelles elle s’est toujours élevée, quel que soit le syndicat visé ».
A Entrelacs, en Savoie, la Confédération paysanne de Savoie et de Haute-Savoie bloque un dépôt pétrolier depuis la fin de matinée, jeudi. Les manifestants sont quelques dizaines sur place et ont les mêmes revendications qu’au niveau national (fin de l’abattage total des troupeaux touchés par la DNC, non au traité de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, pour la souveraineté alimentaire). « On s’organise pour durer », prévient Manuel Arandel, un éleveur de Haute-Savoie.
Entrelacs est un lieu symbolique. C’est là que le premier cas de DNC a été découvert en France, le 29 juin 2025. La commune a été la plus touchée du département. Trente-deux foyers ont été découverts au total en Savoie, 44 en Haute-Savoie.
Fanny Hardy (Chambéry, correspondance)
Cela fait plusieurs jours que des agriculteurs bloquent la N7 en direction de Lyon, au sud de la ville. Jeudi après-midi, une trentaine de camions sont encore en train de bloquer la deux fois deux voies.
« On est organisés au campement pour pouvoir rester encore beaucoup de jours », a fait savoir un membre de la Coordination rurale du Rhône, au micro de BFM-TV, en assurant que les agriculteurs sont « plus que motivés » face aux réactions des forces de l’ordre et du gouvernement à Paris. Il insiste sur l’importance des revenus des agriculteurs.
« Des manifestations agricoles sont en cours sur [les autoroutes] A7, A9, A20 et A61 », rapporte Vinci Autoroutes dans un post sur X.
Annie Genevard, la ministre de l’agriculture, a rencontré des agriculteurs de la Coordination rurale (CR), jeudi, devant une entrée de l’Assemblée nationale. Un échange qui n’a pas satisfait le coprésident de la CR 47 (Lot-et-Garonne) José Perez : « Elle ne nous a pas dit grand-chose », a-t-il rapporté à BFM-TV.
« On est venus lui porter nos doléances. Ça fait deux ans qu’on dit que l’agriculture va mal, que ça ne va pas, qu’on leur apporte des solutions », a-t-il déclaré, déplorant une réponse « pas suffisante » et sans aucun « engagement ».
« Ça ne leur fait pas plaisir aux agriculteurs d’être là, ils sont là parce qu’ils sont en détresse », a-t-il ajouté, appelant à « laisser produire les agriculteurs dans notre pays ».
Dans la nuit de mercredi 7 au jeudi 8 janvier, des convois de la Coordination rurale (CR) des départements des Landes, Pyrénées Atlantique, Lot-et-Garonne et Gironde ont convergé vers Bassens, près de Bordeaux, pour bloquer le site de stockage pétrolier, malgré l’interdiction des convois de tracteurs mis en place par le préfet de Nouvelle-Aquitaine, Etienne Guyot. Plusieurs ronds-points du site sont fermés à la circulation, et des déviations on été mises en place.
Depuis tôt ce jeudi matin, plus aucun camion citerne ne sort du dépôt de Bassens, lequel assure une mission de prestataire de services logistiques pour le compte des différents distributeurs de produits pétroliers. Il gère la réception, le stockage et le chargement de carburants, biocarburants, additifs pour les stations services, les revendeurs et pour l’aviation, pour un volume qui correspond à 5 % du volume consommé en France.
Sur deux ronds-points stratégiques, des membres de la CR ont donc installé, ce jeudi matin, leur campement, prévu pour durer. « On est ici pour paralyser le trafic de carburant, ce qui, on l’espère, va impacter l’Etat au niveau financer et le faire réagir » annonce d’emblée Fabrice Lagueyt, co-président de la CR33, et éleveur de bovins à Saint-Laurent du Médoc (Gironde). Comme sur les autres points de blocage, les revendications portent sur le refus du protocole d’abattage mis en place pour endiguer la dermatose nodulaire, et le traité de libre échange entre l’Union européenne et le Mercosur, dont le vote par les Etats membres de l’UE est imminent.
« L’idée, c’est de rester » insiste M. Lagueyt. Des représentants de la Coordination rurale de la région doivent être reçus dans l’après-midi par le préfet Guyot. « On va discuter une énième fois autour d’une table » soupire Fabrice Lagueyt, arguant que ce mouvement agricole est « pacifique », mais qu’il est grand temps d’être entendu. D’autres blocages sont en cours d’organisation.
Des agriculteurs venus de l’Herault, du Gard, de l’Aude et des Pyrénées-Orientales se mobilisent depuis ce matin au péage de Perpignan sud, sur l’A9. Dès 3 heures du matin, ils étaient une cinquantaine à se rassembler aux abords de celui-ci pour contrôler tous les camions qui sortaient de l’autoroute pour trouver des produits qui ne respecteraient pas les normes, rapporte Ici Roussillon.
Aux alentours de 7 h 15, la préfecture a décidé de fermer le péage en raison des embouteillages occasionnés, rapporte la chaîne locale, qui fait aussi état de tentatives entravées de bloquer l’autoroute à pied, et de « tensions avec les forces de l’ordre ». Un feu de palettes et de pneus a été déclenché sur la route.
Ce message s’affichera sur l’autre appareil.
Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.
Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).
Comment ne plus voir ce message ?
En cliquant sur « » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.
Vous ignorez qui est l’autre personne ? Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?
Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.
Si vous utilisez ce compte à plusieurs, créez un compte pour votre proche (inclus dans votre abonnement). Puis connectez-vous chacun avec vos identifiants. Sinon, cliquez sur « » et assurez-vous que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.
Vous ignorez qui d’autre utilise ces identifiants ?
Si vous êtes bénéficiaire de l’abonnement, connectez-vous avec vos identifiants. Si vous êtes 3 ou plus à utiliser l’abonnement, passez à l’offre Famille. Sinon, cliquez sur « » et assurez-vous que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.
Vous ignorez qui d’autre utilise ce compte ?
Si vous utilisez ce compte à plusieurs, passez à une offre multicomptes pour faire profiter vos proches de votre abonnement avec leur propre compte. Sinon, cliquez sur « » et assurez-vous que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.
Pour plus d’informations, merci de contacter notre service commercial.
Editorial Context & Insight
Original analysis & verification
Methodology
This article includes original analysis and synthesis from our editorial team, cross-referenced with primary sources to ensure depth and accuracy.

